Comment photographier les aurores boréales :
la méthode d’un photographe de terrain
Temps de lecture : environ 25 min
Photographier les aurores boréales reste un moment à part dans une vie de photographe. Même après plusieurs hivers dans le Grand Nord, cette excitation revient dès que l’activité grimpe et que le vert apparaît. L’aurore n’est jamais garantie, jamais totalement prévisible, et c’est justement cette part d’incertitude qui rend chaque nuit aussi captivante.
Dans les groupes que j’accompagne, je remarque souvent la même chose : beaucoup pensent que photographier une aurore est compliqué. Avec une méthode claire, un peu d’anticipation et quelques repères, on réussit ses premières images rapidement. Avec les capteurs modernes, la technique n’est plus un frein. La vraie différence vient de la préparation.
Dans cet article, je partage ma manière de travailler, en sortie personnelle ou avec les groupes que j’accompagne. J’explique comment je planifie mes soirées, comment je lis l’activité en direct et comment j’adapte mes réglages. L’objectif est simple : vous donner toutes les clés pour réussir vos photos d’aurores et progresser sereinement.

Sommaire
- Qu’est-ce qu’une aurore boréale ?
- Comment se forment les aurores boréales ?
- Comment photographier les aurores boréales ?
- Quel matériel pour photographier les aurores boréales ?
- Quels réglages pour photographier les aurores boréales ?
- Composer ses photos d’aurores boréales
- Développer ses photos d’aurores : une étape incontournable
- Les erreurs les plus courantes en photographie d’aurores boréales
- Conclusion : Photographier les aurores, c’est anticiper, observer et composer
Qu’est-ce qu’une aurore boréale ?
Le terme général est « aurore polaire ». On distingue deux types : les aurores boréales illuminent l’hémisphère nord, tandis que les aurores australes apparaissent dans l’hémisphère sud.
Le nom aurore boréale vient de « Aurora borealis ». Aurora signifie « lever du jour », c’est aussi le nom de la déesse romaine de l’aube. Borealis vient d’un mot grec désignant le vent du nord.
Une aurore boréale apparaît sous forme d’arcs, de voiles ou de colonnes lumineuses qui se déplacent dans le ciel. Le vert est la couleur la plus fréquente. Lors d’activités plus intenses, il n’est pas rare d’observer du rose, du violet, du bleu ou même du rouge. Ces variations de couleurs dépendent de la nature des particules impliquées et de l’altitude à laquelle elles interagissent avec l’atmosphère.
Ce phénomène est vivant. Une aurore peut rester discrète pendant de longues minutes, puis s’intensifier soudainement et transformer entièrement le ciel. C’est cette dynamique imprévisible qui fascine ceux qui prennent le temps de l’observer.
J’ai réalisé ce timelapse en Islande en 2022 afin d’illustrer concrètement à quoi ressemble une aurore boréale.
Comment se forment les aurores boréales ?
La formation des aurores polaires commence lorsque le vent solaire atteint la Terre. Ce vent solaire est un flux de particules chargées composé principalement d’ions et d’électrons.
En arrivant à proximité de notre planète, ces particules rencontrent la magnétosphère. Elles sont ensuite guidées vers les régions proches des pôles. Cette zone, appelée ovale auroral, est le lieu où se déclenche la majorité des aurores boréales et australes.

Lorsque ces particules pénètrent dans l’atmosphère, elles entrent en collision avec les atomes d’oxygène et d’azote. Ce sont ces interactions qui produisent la lumière que nous observons dans le ciel. Le vert, la couleur la plus courante, provient principalement de l’oxygène. Les teintes roses et violettes apparaissent lorsque l’azote est stimulé. Le rouge provient de l’oxygène situé en très haute altitude et le bleu se manifeste lorsqu’il s’agit d’hydrogène ou d’hélium.

Comment photographier les aurores boréales ?
1. Préparer sa sortie
Photographier les aurores boréales commence bien avant la prise de vue. Sur le terrain, j’ai constaté que les soirées ratées viennent rarement d’un mauvais réglage, mais surtout d’un manque de préparation. Une aurore peut apparaître n’importe où dans le ciel, changer de forme ou disparaître en quelques instants. Pour mettre toutes les chances de votre côté, il est essentiel de planifier votre sortie avec soin. Les sections suivantes expliquent comment choisir la bonne zone et quand partir. Elles détaillent aussi les paramètres à surveiller pour anticiper l’apparition du phénomène.
2. Où photographier les aurores Boréales ?
Pour observer les aurores boréales dans de bonnes conditions, il faut se rendre dans une région suffisamment au nord. On bénéficie alors d’un ciel sombre et d’une activité aurorale plus régulière. En règle générale, les zones les plus propices se situent au-dessus d’une latitude d’environ 60° Nord. L’Islande, la Norvège, la Suède et la Finlande comptent parmi les régions les plus fiables. Le nord de la Russie, le Groenland, l’Alaska et une grande partie du Canada le sont tout autant.

Source : Google Earth
Ces régions ont l’avantage d’être situées dans l’ovale auroral, la zone où les aurores sont naturellement les plus fréquentes. Plus on se trouve proche de cet ovale, plus les chances d’observer le phénomène sont élevées. Lors d’une forte poussée solaire, l’ovale auroral peut s’étendre vers le sud. L’aurore devient alors visible bien plus loin que d’habitude. Elle peut atteindre les pays baltes, l’Écosse et, dans de rares cas, certaines régions de France.

J’ai capturé cette image dans l’Aisne, dans la nuit du 10 au 11 mai 2024, lors d’une tempête géomagnétique hors norme.
3. Quand photographier les aurores boréales ?
Les aurores boréales se produisent en réalité tout au long de la journée. Elles ne deviennent visibles que lorsque la nuit est suffisamment installée. C’est pour cette raison que la période la plus propice s’étend de début septembre à fin mars, lorsque les nuits sont longues dans les régions proches de l’Arctique.
Dans les latitudes très nordiques, il existe même des périodes où il devient impossible d’en voir, non pas parce qu’il n’y en a pas, mais simplement parce qu’il ne fait jamais assez nuit. Dès le printemps, la luminosité résiduelle du ciel arctique devient trop forte pour laisser apparaître le phénomène, même lorsqu’il est bien présent. Cela explique pourquoi, lors de l’épisode exceptionnel de mai 2024, les aurores ont été visibles jusqu’en France, mais plus du tout dans une grande partie de l’Arctique, car il n’y faisait déjà plus suffisamment nuit.
Pendant la période favorable, l’obscurité arrive tôt et dure longtemps, offrant un large créneau d’observation. Une aurore peut apparaître à n’importe quel moment dès que le ciel est noir. Les statistiques montrent souvent une activité plus concentrée entre 19 h et 1 h du matin, mais il n’est pas rare d’en observer en début de soirée ou juste avant l’aube. L’essentiel est donc de disposer d’une nuit complète et d’un ciel parfaitement dégagé, la saison déterminant la durée et la profondeur de l’obscurité, deux éléments essentiels pour espérer voir le phénomène.
4. Connaître la météo
Pour espérer voir des aurores boréales, un ciel dégagé est indispensable. L’activité aurorale peut être excellente, mais s’il y a une couverture nuageuse, le spectacle restera invisible. La météo est donc l’un des critères les plus importants dans la préparation d’une sortie.
Je vérifie toujours la couverture nuageuse plusieurs fois dans la journée et à nouveau en soirée, car les conditions changent très vite en région arctique. Pour cela, j’utilise principalement l’application Windy, qui permet d’afficher la couverture nuageuse presque en temps réel et d’anticiper son évolution dans les heures à venir. Même lorsque les prévisions semblent favorables, il n’est pas rare qu’un voile nuageux apparaisse ou disparaisse soudainement. Sur place, rester mobile peut faire toute la différence : parfois, parcourir seulement quelques kilomètres suffit pour retrouver un ciel parfaitement clair.

Source : Windy
5. Faire attention au froid
Dans les régions nordiques, le froid devient rapidement un élément déterminant, surtout parce que l’on reste immobile pendant de longues périodes. Je dis souvent aux participants que “le froid disparaît quand l’aurore apparaît”, et c’est vrai… mais seulement dans une certaine limite. L’excitation compense beaucoup, mais pas quand le thermomètre descend très bas. J’ai déjà passé des nuits proches de –30 °C, et dans ces conditions, le moindre souffle de vent fait grimper le ressenti de plusieurs degrés en dessous.
Pour rester efficace toute la soirée, je recommande toujours de s’habiller en “technique de l’oignon” : plusieurs couches fines plutôt qu’une seule très épaisse. Cela permet d’ajuster rapidement en enlevant une couche si l’on a trop chaud, ce qui est essentiel, car il ne faut surtout pas transpirer. Une fois humide, un vêtement devient votre pire ennemi et la nuit peut vite tourner au calvaire.
Si vous êtes vraiment frileux, des chaufferettes peuvent devenir vos meilleures alliées. Je vous conseille cependant d’opter pour des chaufferettes électroniques rechargeables plutôt que des modèles jetables, beaucoup moins respectueux de l’environnement.
Une bonne gestion du froid fait partie intégrante de la préparation : elle conditionne votre confort, votre concentration et votre capacité à rester sur place lorsque le phénomène se met enfin à danser.
6. Fuir la pollution lumineuse
Comme pour toute photographie nocturne, la pollution lumineuse peut fortement réduire la visibilité des aurores. Il est donc essentiel de s’éloigner autant que possible des villes, des villages et de toute source lumineuse directe. Plus le ciel est sombre, plus les couleurs et les formes de l’aurore seront visibles et détaillées.
Lorsque je prépare une sortie, je consulte toujours les cartes de pollution lumineuse pour repérer les zones les plus favorables. J’utilise principalement les cartes proposées par https://darkskylab.com/light-pollution-platform/, très précises, elles permettent d’avoir une vision globale de la pollution lumineuse à l’échelle mondiale. Ces outils évitent les mauvaises surprises sur place et permettent d’identifier rapidement les secteurs où le ciel sera réellement noir.

Source : DarkLabSky
7. Lire l’activité aurorale comme un photographe de terrain
Observer une aurore, ce n’est pas seulement lever les yeux au ciel. Pour anticiper ce qui peut se produire au cours d’une soirée, il est utile de comprendre l’activité solaire et les indicateurs qui permettent de suivre l’énergie qui arrive vers la Terre. Cette lecture en amont est un vrai avantage sur le terrain, car une aurore peut apparaître, s’intensifier ou disparaître très rapidement.
Pourquoi surveille-t-on autant le Soleil
Le Soleil est observé en permanence, car son activité peut influencer notre environnement spatial. Certaines éruptions peuvent perturber les communications radio, les satellites, les réseaux électriques ou les systèmes de navigation. Les observatoires spécialisés surveillent en continu ce que le Soleil projette dans l’espace afin d’identifier les phénomènes susceptibles d’avoir un impact sur la Terre. Les aurores boréales ne sont qu’une manifestation visible de cette activité, mais elles reposent sur les mêmes mécanismes physiques.
Comprendre l’activité solaire
L’activité aurorale dépend directement des phénomènes qui se produisent à la surface du Soleil. Lorsqu’une éruption solaire se déclenche, elle peut simplement libérer un flash de rayonnement, mais elle peut aussi s’accompagner d’une éjection de masse coronale. Une éjection de masse coronale, ou CME, est un nuage de particules chargées projeté dans l’espace à grande vitesse. Toutes les éruptions n’en produisent pas et toutes les CME ne sont pas dirigées vers la Terre. Lorsqu’une CME est géoefficace, c’est-à-dire orientée vers notre planète, les particules mettent généralement entre deux et quatre jours pour parcourir la distance Soleil-Terre.
En arrivant dans la magnétosphère, ces particules peuvent déclencher une tempête géomagnétique. Ces tempêtes sont classées de G1 à G5 selon leur intensité, G1 correspondant à une perturbation faible et G5 à un événement majeur capable de produire des aurores visibles bien au-delà des régions arctiques.
Ces phénomènes sont surveillés en continu par les observatoires solaires, et leurs données sont consultables sur plusieurs sites spécialisés. Elles constituent souvent le premier indice annonçant un épisode auroral important. Pour visualiser la trajectoire d’une CME et estimer sa vitesse, des modèles comme WSA-Enlil sont particulièrement utiles. Ils montrent comment un nuage de particules se déplace dans l’espace et s’il pourrait atteindre la Terre. J’utilise régulièrement ces prévisions, car elles permettent d’avoir une idée de la fenêtre potentielle d’arrivée d’une CME. En croisant ces modèles avec les mesures en temps réel, il devient possible d’anticiper de manière plus fiable les soirées susceptibles d’être actives.

source : SpaceWeatherLive
Le rôle des satellites L1
Avant d’atteindre la Terre, le vent solaire est mesuré par des satellites placés au point L1, une zone située à environ un million et demi de kilomètres en amont de notre planète. C’est à cette distance que des sondes comme DSCOVR ou ACE analysent en continu la vitesse, la densité et l’orientation du champ magnétique des particules émises par le Soleil.
Depuis cette position, le vent solaire met généralement entre quinze et soixante minutes pour parcourir le trajet jusqu’à la Terre. Ce délai constitue une véritable alerte avancée, car il permet de suivre presque en temps réel l’énergie qui se dirige vers notre atmosphère. C’est grâce à ces mesures que les applications et les sites spécialisés peuvent afficher l’évolution immédiate des paramètres qui influencent les aurores.
Sur le terrain, ces données sont précieuses. Elles ne prédisent pas l’activité plusieurs heures à l’avance, mais elles donnent une indication fiable de ce qui est sur le point d’arriver. Une brusque hausse de densité, un changement d’orientation du champ magnétique ou une accélération du vent solaire observés à L1 se répercutent ensuite directement dans la magnétosphère terrestre.
L’indice Kp
L’indice Kp est l’un des indicateurs les plus connus lorsqu’on parle d’aurores. Il mesure le niveau global de perturbation du champ magnétique terrestre sur des périodes de trois heures et varie de 0 à 9. Plus la valeur est élevée, plus l’activité géomagnétique est importante et plus l’ovale auroral peut s’étendre vers le sud. Cet indice permet donc d’estimer à quelles latitudes il pourrait être possible d’observer une aurore.

Le Kp se trouve très facilement sur la plupart des applications mobiles dédiées aux aurores. Pour ma part, celle que j’utilise le plus est My Aurora Forecast. J’en consulte également d’autres comme SpaceWeatherLive, Aurora Alert ou Aurora Now. Chaque application utilise ses propres sources et méthodes d’interprétation, ce qui peut entraîner des écarts d’une plateforme à l’autre. Je préfère donc en vérifier plusieurs pour me faire une idée plus fiable, un peu comme on le ferait avec les prévisions météo classiques où une seule source n’est jamais totalement suffisante.
Il faut aussi garder en tête que l’indice Kp est une mesure rétrospective. Il résume l’activité magnétique des trois heures précédentes et ne reflète pas toujours l’état du ciel à l’instant présent. Sur le terrain, il n’est pas rare de voir des aurores alors que le Kp est encore faible, ou au contraire de constater un Kp élevé alors que l’activité commence déjà à diminuer. Le Kp reste donc un indicateur utile pour situer le contexte général, mais il n’est jamais suffisant à lui seul pour anticiper une soirée active.
Le Bz
Le Bz correspond à l’orientation nord-sud du champ magnétique interplanétaire transporté par le vent solaire. Cette composante indique si le champ magnétique du vent solaire pointe vers le nord ou vers le sud lorsqu’il atteint la Terre. C’est un élément essentiel, car la connexion entre le champ magnétique solaire et celui de notre planète dépend en grande partie de cette orientation. Lorsque le Bz est positif, il pointe vers le nord et la connexion avec la magnétosphère terrestre reste limitée. Lorsqu’il devient négatif, il pointe vers le sud et permet une interaction beaucoup plus efficace, ce qui facilite la pénétration de l’énergie solaire dans la magnétosphère.
En pratique, un Bz qui s’oriente vers le sud et s’y maintient est souvent l’un des meilleurs signaux annonciateurs d’une montée d’activité aurorale. Même avec un vent solaire rapide, un Bz positif peut limiter l’intensité des aurores ou les rendre très instables. L’évolution du Bz donne donc une indication directe sur la capacité du vent solaire à “accrocher” la magnétosphère.
Pour suivre ce paramètre, j’utilise principalement SpaceWeatherLive, ainsi que My Aurora Forecast, Aurora Alert ou Aurora Now. Chacune de ces applications affiche le Bz en temps réel, mais comme les interprétations peuvent légèrement varier, je préfère consulter plusieurs sources. Les valeurs peuvent fluctuer rapidement, ce qui rend cette vérification encore plus utile sur le terrain.
Notes et données de référence
Source : SpaceWeatherLive

Graphique du Bz de la nuit du 11 mai 2024, issu des données SpaceWeatherLive. Cette nuit-là, le Bz est descendu jusqu’à –50 nT, une valeur exceptionnellement basse qui a permis au vent solaire de se connecter très efficacement au champ magnétique terrestre. C’est précisément ce type de basculement marqué qui déclenche les tempêtes géomagnétiques majeures et qui explique l’intensité des aurores observées dans la nuit du 10 au 11 mai 2024.
Lors d’une soirée d’observation, le comportement du Bz est souvent ce que je regarde en priorité. Une chute rapide vers des valeurs nettement négatives est très souvent le signal d’un renforcement imminent des aurores dans le ciel.
La vitesse du vent solaire
La vitesse du vent solaire indique à quelle rapidité les particules émises par le Soleil se déplacent dans l’espace avant d’atteindre la Terre. Un vent solaire lent tourne généralement autour de 300 kilomètres par seconde, tandis qu’un vent plus rapide dépasse souvent les 400 à 500 kilomètres par seconde. Plus la vitesse est élevée, plus l’énergie transportée est importante, ce qui peut rendre les aurores plus dynamiques, plus structurées et plus étendues.
Sur le terrain, une hausse progressive de la vitesse est souvent un signe encourageant, surtout si elle s’accompagne d’un Bz orienté vers le sud. À l’inverse, une vitesse qui chute ou reste très faible peut limiter l’intensité des aurores, même si d’autres paramètres semblent favorables. La vitesse seule ne garantit pas l’apparition d’aurores, mais elle joue un rôle déterminant dans leur dynamisme.
Pour suivre ce paramètre, j’utilise principalement SpaceWeatherLive. L’interface est très lisible et permet de voir immédiatement si la vitesse du vent solaire augmente ou diminue. Ce site s’appuie sur les données transmises par les satellites situés au point L1, ce qui en fait une source fiable pour juger de la tendance en temps réel.
Notes et données de référence
Source : SpaceWeatherLive

Graphique de la vitesse du vent solaire enregistré dans la nuit du 10 mai 2024, issu des données SpaceWeatherLive. Aux alentours de 22h15, la vitesse a dépassé les 800 km/s, un niveau très élevé qui traduit l’arrivée d’un flux rapide et fortement énergétique. Ce type de vent solaire amplifie considérablement la dynamique des aurores et explique la violence de la tempête géomagnétique observée dans la nuit du 10 au 11 mai 2024.
Sur place, la vitesse du vent solaire donne une bonne idée du potentiel d’une soirée. Un vent rapide et stable, associé à un Bz négatif et une densité en hausse, est souvent le scénario le plus favorable pour observer des aurores intenses et bien dessinées.
La densité du vent solaire
La densité du vent solaire correspond au nombre de particules transportées dans le vent solaire. Elle est exprimée en particules par centimètre cube et indique simplement si le flux qui arrive vers la Terre contient peu ou beaucoup de matière. Plus la densité est élevée, plus la quantité de particules injectées dans la magnétosphère est importante, ce qui peut favoriser des aurores plus intenses ou des montées d’activité soudaines.
La densité joue un rôle particulier lorsqu’elle augmente brutalement. Une hausse rapide signifie qu’une grande quantité de particules arrive d’un seul coup. Si, au même moment, le Bz est orienté vers le sud, cette énergie supplémentaire peut pénétrer plus facilement dans la magnétosphère et déclencher une intensification visible presque immédiatement. C’est souvent ce type de pic de densité qui provoque les auréoles rapides, les ondulations plus marquées ou ces évolutions soudaines du ciel que l’on observe parfois sur le terrain.
Pour suivre ce paramètre, j’utilise principalement SpaceWeatherLive, qui affiche la densité du vent solaire en temps réel. Les valeurs varient généralement entre 1 et 20 particules par centimètre cube. Une densité faible indique un flux plutôt calme, tandis qu’une densité élevée ou en hausse est un signal encourageant, surtout si elle s’accompagne d’un Bz négatif et d’une vitesse du vent solaire stable ou en augmentation.
Notes et données de référence
Source : SpaceWeatherLive

Les données présentées ici proviennent des relevés SpaceWeatherLive pour la nuit du 11 mai 2024. Elles montrent plusieurs pics de densité du vent solaire dépassant les 45 à 50 particules/cm³, des valeurs très élevées. Ces hausses soudaines sont capables d’intensifier rapidement l’activité aurorale, ce qui correspond parfaitement à ce que nous avons observé cette nuit-là.
Sur place, la densité me sert principalement à interpréter les variations rapides dans le ciel. Une montée d’activité inattendue est très souvent liée à un pic de densité, ce qui en fait l’un des indicateurs les plus utiles pour comprendre ce qui se passe au moment même où les aurores évoluent.
L’ovale auroral
L’ovale auroral représente la zone autour des pôles où les aurores sont susceptibles d’apparaître. Vu depuis l’espace, il ressemble à un anneau plus ou moins large, centré sur les régions polaires, et dont l’intensité évolue en fonction de l’activité géomagnétique. Plus l’activité est forte, plus cet ovale s’étend vers le sud, ce qui rend les aurores visibles à des latitudes plus basses.
Pour un photographe, suivre la position et la forme de l’ovale auroral permet de savoir si l’activité se concentre au nord de sa position, si elle est directement au-dessus, ou si elle descend vers des régions habituellement moins concernées. C’est un outil précieux pour juger du potentiel d’une soirée, en complément du Bz, de la vitesse et de la densité du vent solaire.
Il peut être consulté en temps réel sur des cartes scientifiques comme celles de SpaceWeatherLive ou de la NOAA, qui montrent sa forme globale et son intensité estimée. J’utilise également l’application My Aurora Forecast, dont la visualisation est plus intuitive sur le terrain : elle permet de positionner précisément son emplacement et d’évaluer d’un coup d’œil si l’ovale couvre ou approche sa zone.
Les deux types d’affichage se complètent :
– la carte scientifique pour comprendre l’état global du phénomène,

Source : SpaceWeatherLive
– la visualisation terrain pour savoir ce qui se passe exactement au-dessus de soi.

Source : My Aurora Forecast
Sur le terrain, l’ovale auroral me sert surtout à comprendre la direction dans laquelle regarder. Lorsque l’ovale se trouve bien au nord de ma position, les aurores apparaissent souvent proches de l’horizon. Lorsqu’il descend vers ma latitude, elles deviennent beaucoup plus visibles, parfois même au zénith. C’est un bon indicateur de la zone du ciel à surveiller en priorité et du potentiel d’évolution dans les heures qui suivent.
Interpréter l’ensemble sur le terrain
Sur le terrain, aucun indicateur ne suffit à lui seul pour prévoir l’apparition d’une aurore. C’est l’ensemble des paramètres qui donne une image fiable de la situation. Avec l’expérience, j’ai appris à les lire de manière complémentaire pour savoir si la soirée peut évoluer dans le bon sens ou si l’activité risque de rester discrète.
Le Bz est souvent le premier élément que je regarde. S’il devient négatif et qu’il s’y maintient, c’est déjà un bon signal. Lorsque ce basculement s’accompagne d’une vitesse du vent solaire en hausse, le potentiel augmente nettement. Une densité qui monte ou qui présente un pic soudain peut ensuite déclencher une montée d’activité presque immédiate, surtout si le Bz est orienté vers le sud au même moment.
L’indice Kp, même s’il reste une donnée rétrospective, sert à situer le niveau global de perturbation magnétique. Il permet de comprendre si l’activité du moment s’inscrit dans un contexte calme ou plus dynamique, mais je ne l’utilise jamais seul pour décider de me déplacer.
Enfin, l’ovale auroral me permet de savoir dans quelle zone du ciel regarder. S’il reste très au nord, il faut s’attendre à voir les aurores près de l’horizon. S’il descend vers ma latitude, la probabilité d’observer des structures plus hautes ou directement au-dessus de moi augmente nettement.
Avec le temps, la lecture combinée de ces paramètres devient presque instinctive. En croisant le Bz, la vitesse, la densité, l’état général du Kp et la position de l’ovale, il est possible d’anticiper les évolutions du ciel quelques dizaines de minutes avant qu’elles ne se produisent réellement. Cette approche, à mi-chemin entre l’observation scientifique et l’expérience de terrain, permet de tirer le meilleur parti de chaque soirée aurorale.
Quel matériel pour photographier les aurores boréales ?
Les indispensables
L’appareil photo
Il n’est pas nécessaire d’avoir un boîtier haut de gamme pour photographier les aurores boréales. Plus votre appareil est récent, meilleur sera généralement son comportement en basse lumière, mais cela ne doit pas être un frein si vous utilisez un matériel plus ancien. L’essentiel est simplement de disposer d’un mode manuel pour pouvoir contrôler l’ouverture, la vitesse et la sensibilité.
Que vous utilisiez un reflex, un hybride, un bridge ou même un compact expert, il est tout à fait possible de réaliser de belles photos d’aurores. Pour tout vous dire, il est même possible d’en faire avec un smartphone doté d’un mode pro. Les possibilités restent limitées, mais lorsque l’activité est suffisamment intense, cela peut fonctionner.
Dans la pratique, ce qui va vraiment influencer votre image, c’est surtout l’objectif que vous allez utiliser.

L’objectif
Pour photographier les aurores boréales, un objectif grand-angle ou ultra grand-angle est l’idéal. En plein format, les focales comprises entre 11 mm et 24 mm permettent de capturer à la fois le paysage et l’amplitude du phénomène dans le ciel.
APS-C, les focales utiles se situent entre 10 mm et 16 mm.
Micro 4/3, l’équivalent correspond généralement à des focales de 8 mm à 12 mm.
L’intérêt d’un grand-angle ou ultra grand-angle est double. Il permet d’englober une scène large, ce qui est essentiel lorsque l’aurore se déploie sur une grande partie du ciel, et il offre plus de liberté pour intégrer un premier plan intéressant dans la composition. Ce type de focale facilite également la prise de vue lorsque l’aurore bouge rapidement : même si elle se déplace dans une autre partie du ciel, vous avez plus de chances de l’avoir dans le cadre.
Il est tout à fait possible d’utiliser une focale plus longue comme un 35 mm, un 50 mm ou davantage. Cela permet d’isoler une portion précise de l’aurore ou de resserrer la composition sur un élément du paysage. En revanche, cela demande plus d’anticipation : le champ plus étroit laisse moins de marge si l’aurore se déplace rapidement.
L’ouverture joue aussi un rôle essentiel. Une ouverture de f/2.8 est généralement considérée comme le maximum conseillé pour capter suffisamment de lumière. Si vous disposez d’un objectif ouvrant à f/2, f/1.8, f/1.4 ou f/1.2, c’est encore mieux : ces ouvertures permettent d’utiliser des temps de pose plus courts lorsque les aurores sont rapides.
Entre f/3.5 et f/4, ça commence à se compliquer, mais ce n’est pas impossible. Au-delà, ce n’est plus vraiment jouable, surtout lorsque les aurores sont rapides.

Le trépied
Le trépied fait partie des éléments vraiment indispensables pour photographier les aurores boréales. Dans ces régions, le vent est souvent présent, parfois même de manière imprévisible. Si votre trépied manque de stabilité ou ressemble à une brindille, vous risquez immédiatement d’obtenir du flou de bougé, même avec des temps de pose relativement courts. Un trépied robuste permet de garder l’appareil parfaitement immobile et d’assurer des images nettes, quelles que soient les conditions.
Privilégiez un modèle stable, avec des sections de jambes suffisamment épaisses et un verrouillage fiable. Les trépieds trop légers se comportent mal dans le vent : ils vibrent, bougent ou se déplacent légèrement au moment du déclenchement. Un bon trépied vous permettra de travailler sereinement, surtout lorsque vous devez enchaîner plusieurs prises ou ajuster rapidement vos réglages sous un ciel arctique en mouvement.
Pour aller plus loin dans le choix d’un trépied adapté à la photographie de paysage, j’ai rédigé un article complet sur ce sujet. Vous pouvez le retrouver ici : https://stan-timelapse-photographie.fr/blog/choisir-son-trepied/

Les batteries
Les nuits passées sous les aurores peuvent être longues, et les batteries n’aiment pas du tout le froid. Leur autonomie chute rapidement dès que la température baisse, surtout lorsqu’on enchaîne les prises de vue ou qu’on utilise souvent l’écran de l’appareil. C’est pour cette raison qu’il est indispensable d’en emporter plusieurs avec soi. Manquer de batterie au moment où l’aurore s’intensifie est l’une des plus grandes frustrations que l’on puisse vivre sur le terrain : impossible alors de capturer la beauté de la danse céleste qui se déroule sous vos yeux.
Petit tips : gardez vos batteries de rechange dans une poche intérieure, au plus près de votre corps, afin qu’elles restent au chaud. Cela permet de préserver au maximum leur autonomie et d’assurer une soirée complète de prises de vue sans mauvaise surprise.

Les cartes mémoire
Tout comme les batteries, les cartes mémoire jouent un rôle essentiel lors d’une nuit passée à photographier les aurores. Je vous recommande d’emporter des cartes de grande capacité. Les aurores peuvent durer plusieurs heures, et entre les rafales, les compositions différentes et les variations d’intensité, on remplit une carte bien plus vite qu’on ne le pense. Se retrouver sans espace au moment où l’aurore devient spectaculaire est une frustration qu’il vaut mieux éviter.
Emporter une ou deux cartes supplémentaires permet de rester serein toute la soirée et de continuer à photographier sans avoir à trier ou supprimer des images dans le froid. Une grande capacité offre plus de liberté et vous évite de passer à côté d’une scène exceptionnelle faute de place disponible.
Les complémentaires


La télécommande
Avez-vous déjà essayé de déclencher avec des moufles ? Rien qu’à imaginer la scène, vous voyez le problème.
La télécommande n’est pas indispensable, mais elle apporte un vrai confort d’utilisation, surtout lorsque vous devez photographier plusieurs heures dans le froid. Elle évite les micro-vibrations liées au déclenchement manuel et permet de déclencher sans toucher directement l’appareil.
Petit tips : pour éviter d’avoir les doigts gelés, je vous recommande d’enlever une moufle tout en gardant le sous-gant, puis de glisser la main dans votre poche avec la télécommande. Vous pouvez ainsi déclencher depuis votre poche sans exposer vos doigts au froid. Une solution simple, mais qui change vraiment la donne lorsque les températures chutent.

La ceinture antibuée
Quand on photographie les aurores en plein hiver, la buée, ou même le givre, peut devenir votre pire ennemi. Il suffit parfois de quelques minutes pour que l’objectif se couvre et que vos images deviennent inutilisables. La ceinture antibuée permet d’éviter ce problème en maintenant la lentille légèrement au chaud, ce qui empêche la condensation de se former.
Petit tips : si vous n’avez pas de ceinture antibuée, un chauffe-main fixé autour de l’objectif avec un élastique ou une bande velcro peut dépanner. Ce n’est pas aussi efficace qu’un système dédié, mais cela peut sauver votre soirée lorsque l’humidité est élevée ou que le givre commence à apparaître.
Si vous souhaitez en savoir plus sur la ceinture antibuée que j’utilise lors de mes sorties, j’ai rédigé un article dédié sur le modèle Haida. Vous pouvez le retrouver ici :
https://stan-timelapse-photographie.fr/blog/ceinture-antibuee-haida/

La lampe frontale
La lampe frontale est indispensable pour se déplacer en sécurité, préparer son matériel ou trouver un accessoire dans le sac avant de commencer une séance. Je recommande d’utiliser un modèle équipé d’un mode lumière rouge. Cette lumière douce permet de voir ce que vous faites sans perdre votre adaptation à l’obscurité, un point essentiel lorsque l’on photographie le ciel nocturne.
Une fois installé sur le spot, il est préférable de ne plus utiliser de frontale du tout. Avec un grand angle ou un ultra grand angle, le premier plan se trouve souvent à cinquante centimètres ou un mètre de votre position. Si la lumière rouge reste allumée, elle sera visible dans votre cadrage et pourra créer des zones colorées indésirables. C’est un détail auquel on ne pense pas toujours, mais qui peut ruiner une composition.
Avant de se lancer sur le terrain, il peut être très utile de s’entraîner chez soi dans une pièce totalement noire pendant une quinzaine de minutes. L’objectif est de mémoriser l’emplacement des boutons indispensables du boîtier : lecture, menu, mode, ISO, ouverture, vitesse. Cette habitude simple permet de travailler dans le noir complet sans dépendre d’une source lumineuse.
Lorsque vous avez vraiment besoin d’un éclairage ponctuel, privilégiez uniquement la lumière de l’écran du téléphone, et surtout pas celle du flash. La lumière de l’écran est suffisamment faible pour ne pas perturber votre vision nocturne ni gêner les autres photographes.
C’est également une question de respect sur le terrain. Avant d’allumer quoi que ce soit, assurez-vous qu’aucun photographe ne se trouve dans votre axe. Une lumière trop forte peut ruiner une pose longue ou gâcher une aurore particulièrement intense.
Quels réglages pour photographier les aurores boréales ?
Avant toute chose : il n’existe pas de réglage magique
Au risque de vous décevoir, il n’existe pas de réglage universel pour photographier les aurores boréales. Une aurore peut être lente ou extrêmement rapide, très lumineuse ou à peine visible, diffuse ou très structurée. Les réglages varient donc en permanence en fonction du comportement du phénomène, de votre objectif et de la luminosité du premier plan.
Photographier les aurores, ce n’est pas appliquer une recette, c’est savoir s’adapter. Les valeurs que je donne plus bas sont des bases solides, issues de nombreuses nuits passées sur le terrain, mais elles ne remplaceront jamais votre capacité à observer ce qui se passe dans le ciel et à ajuster vos paramètres en conséquence.
L’objectif n’est pas de mémoriser une liste de chiffres, mais de comprendre comment réagir quand l’aurore change de forme, accélère, s’intensifie ou s’affaiblit. C’est cette capacité d’adaptation qui fera la différence entre une simple photo et une image réellement aboutie.
1. Le format RAW
Pour photographier les aurores boréales, le format RAW est indispensable. Une aurore est un phénomène lumineux très variable, avec des zones très intenses et d’autres beaucoup plus faibles. Le RAW permet de conserver l’intégralité des informations captées par le capteur, ce qui laisse une grande marge de manœuvre au moment du post-traitement. À l’inverse, le format JPEG compresse les données et détruit une partie des détails, notamment dans les ombres et les hautes lumières.
Lorsque l’aurore change rapidement d’intensité, il arrive souvent que certaines zones soient légèrement sous-exposées ou au contraire un peu trop lumineuses. Le RAW permet de récupérer ces écarts sans dégrader l’image. C’est aussi ce format qui restitue le mieux les nuances de couleurs propres aux aurores, surtout lorsqu’elles se mêlent de vert, de jaune ou de rose.
Enfin, le RAW est particulièrement utile lorsque le premier plan est très sombre. Grâce à la latitude de récupération du fichier, il devient possible d’équilibrer l’exposition sans faire apparaître trop de bruit. En JPEG, ce type de correction serait presque impossible.
Photographier en RAW ne garantit pas une photo parfaite, mais c’est la base technique qui vous permettra d’exploiter au mieux vos images à votre retour, quel que soit votre niveau.
2. Désactiver les réductions de bruit
Lorsqu’on photographie les aurores boréales, toutes les fonctions de réduction de bruit doivent être désactivées. Selon les marques, il en existe plusieurs types : réduction de bruit en longue pose, réduction de bruit haute sensibilité, filtres de lissage intégrés ou encore optimisations automatiques du rendu. Dans le cadre de la photographie nocturne, ces traitements sont un véritable handicap.
La réduction de bruit en longue pose est la plus problématique : elle impose un « temps mort » équivalent à la durée d’exposition. Une photo de 10 secondes entraîne ensuite 10 secondes d’attente pendant lesquelles l’appareil reste inutilisable. Pendant ce délai, l’aurore peut changer d’intensité, se déplacer ou disparaître. Ce simple traitement automatique fait perdre des instants parfois impossibles à retrouver.
Les autres réductions de bruit — haute sensibilité, lissage interne, nettoyage des ombres — posent elles aussi problème. Elles modifient la texture du ciel, détruisent les détails fins des drapés auroraux et rendent le fichier plus difficile à développer ensuite.
À cela s’ajoutent certains traitements automatiques, comme le D-Lighting, le DRO, le Highlight Priority ou leurs équivalents selon les marques. Bien qu’ils ne portent pas explicitement le nom de “réduction de bruit”, ils modifient la dynamique et introduisent des corrections artificielles qui dégradent le rendu nocturne.
Pour obtenir un fichier propre, fidèle et totalement maîtrisable en post-traitement, il est indispensable de travailler en RAW avec toutes ces fonctions désactivées. La réduction de bruit doit ensuite être appliquée au développement, de manière fine et contrôlée, afin de préserver l’intégrité du phénomène auroral.

3. La mise au point la nuit
Réaliser la mise au point la nuit est l’une des étapes les plus importantes lorsque l’on photographie les aurores boréales. L’autofocus devient vite inopérant dans l’obscurité, ce qui impose de travailler en mise au point manuelle. Une mise au point incorrecte ne se rattrape pas au post-traitement, même en RAW. Il est donc essentiel d’y consacrer quelques instants avant de commencer.
La méthode la plus fiable consiste à utiliser une étoile brillante. Activez le live view, zoomez dans l’image, puis tournez la bague de mise au point jusqu’à ce que l’étoile devienne la plus petite et la plus nette possible : c’est là que votre netteté est optimale. À pleine ouverture, entre f/1.2 et f/2.8, la précision doit être parfaite. Un millimètre d’erreur peut suffire à rendre toute l’image floue.
Régler son objectif sur l’infini peut sembler rapide, mais cette solution comporte un risque. Sous le froid, les lentilles se contractent et la position marquée comme “infini” n’est plus forcément exacte. La mise au point peut alors être légèrement décalée. C’est pour cette raison que la mise au point sur étoile reste la plus fiable.
Si aucune étoile n’est visible, vous pouvez temporairement faire la mise au point sur une lumière lointaine située à plusieurs kilomètres, comme un lampadaire isolé ou une maison très éloignée. Ce n’est pas parfait, mais cela suffit pour démarrer. Dès que les étoiles apparaissent, revenez à la méthode classique.
Dans tous les cas, faites une photo test, zoomez dans l’image et vérifiez la netteté. Une fois réglée, évitez de toucher à la bague : le moindre contact peut la dérégler.
Petit tips : un petit morceau de gaffeur sur la bague de mise au point permet de la sécuriser pour toute la séance.
4. l’ouverture
En photographie d’aurores boréales, il est indispensable d’utiliser la plus grande ouverture disponible sur votre objectif. Comme expliqué dans la partie consacrée aux objectifs, travailler à f/2.8, f/2, f/1.8, f/1.4 ou plus permet de capter un maximum de lumière et de maintenir un temps de pose suffisamment court pour préserver les détails et la dynamique du phénomène lorsqu’il évolue rapidement.
Attention cependant à la profondeur de champ, qui devient très réduite lorsque l’on ouvre fortement le diaphragme. Si votre premier plan est proche de l’objectif et que vous constatez un manque de netteté, fermer légèrement jusqu’à f/2.8 permet de récupérer un peu de profondeur de champ sans trop sacrifier la luminosité nécessaire pour suivre l’aurore.
L’objectif est simple : travailler le plus ouvert possible, tout en conservant une profondeur de champ cohérente avec votre scène.
5. La vitesse
La vitesse d’obturation est probablement le réglage qui varie le plus lorsque l’on photographie les aurores boréales. Il s’agit bien de travailler en pose longue, mais pas au sens classique du terme. Contrairement à l’astrophotographie de ciel profond, où l’on utilise des expositions de dix à trente secondes, les aurores nécessitent des temps de pose plus courts, car le phénomène est en mouvement permanent.
Lorsque l’aurore est lente, diffuse et relativement stable, un temps de pose plus long donne un rendu doux et homogène. En revanche, lorsqu’elle devient rapide, forme des rideaux lumineux ou des structures fines qui évoluent en quelques secondes, un temps de pose trop long lisse les détails et fait perdre tout le dynamisme du phénomène.
L’idée est donc d’adapter votre vitesse au comportement de l’aurore. En pratique, les temps de pose se situent souvent entre deux et dix secondes. Plus l’aurore est rapide, plus il faut réduire ce temps pour préserver la finesse des structures. Lors d’une activité très soutenue, descendre vers deux à quatre secondes permet de conserver toute la nervosité du mouvement.
Il est important d’observer régulièrement ce qui se passe dans le ciel. Une aurore peut paraître lente pendant plusieurs minutes puis accélérer brusquement. Ajuster votre vitesse en temps réel fait partie intégrante de cette discipline. La vitesse n’est donc pas un réglage fixe, mais un paramètre à adapter tout au long de la soirée.
Pour vous donner des repères concrets selon le comportement de l’aurore, voici les vitesses que j’utilise généralement sur le terrain dans les différentes situations.
Tableau des vitesses recommandées
| Comportement de l’aurore | Aspect visuel | Temps de pose conseillé |
|---|---|---|
| Aurore faible / diffuse | Voile lent, formes douces, mouvements lents | 8 à 10 secondes |
| Aurore modérée | Ondulations visibles, intensité variable, mouvements réguliers | 5 à 8 secondes |
| Aurore rapide / dynamique | Rideaux marqués, colonnes, vagues rapides, variations en quelques secondes | 2 à 5 secondes |
6. Les iso
Les ISO jouent un rôle important lorsque l’on photographie les aurores boréales, mais ils ne doivent pas être au centre de vos préoccupations. Leur rôle est simple : s’adapter à la luminosité de l’aurore et à la vitesse d’obturation que vous choisissez. En pratique, on ne règle pas les ISO pour eux-mêmes, mais pour équilibrer l’exposition une fois l’ouverture et la vitesse définies.
La question du bruit numérique revient souvent. Tous les boîtiers ne gèrent pas les hautes sensibilités de la même manière, mais il vaut toujours mieux une image légèrement bruitée qu’une photo sous-exposée. Une aurore dynamique impose parfois de monter en ISO pour conserver une vitesse adaptée. Les capteurs récents supportent d’ailleurs bien mieux ces sensibilités qu’on ne l’imagine.
Plus votre objectif ouvre grand, moins vous aurez besoin d’augmenter la sensibilité. Une ouverture à f/1.4 ou f/1.8 permet de limiter les ISO tout en conservant une exposition correcte. À l’inverse, une ouverture plus petite obligera à monter en ISO pour suivre le phénomène sans rallonger la vitesse.
Sur le terrain, la logique est simple : si l’aurore est faible ou diffuse, vous pouvez rester sur des valeurs modestes. Dès qu’elle s’intensifie ou accélère, il peut devenir nécessaire de monter en ISO pour suivre son mouvement. C’est un compromis classique en photographie nocturne.
Les valeurs courantes se situent entre 3200 et 6400 ISO selon les situations. Avec une exposition correcte, le bruit reste gérable. À l’inverse, une image trop sombre corrigée ensuite fera ressortir davantage de bruit. Dans certains cas, il m’arrive d’aller jusqu’à 8000 voire 12800 ISO lorsque les conditions l’exigent.
L’essentiel est d’ajuster la sensibilité pour obtenir une exposition correcte dès la prise de vue. C’est un réglage évolutif, tout comme la vitesse.
7. Ajuster son exposition en temps réel
Photographier les aurores boréales, ce n’est pas choisir des réglages une fois pour toutes : c’est ajuster son exposition en permanence. Une aurore peut changer d’intensité, de couleur ou de vitesse en quelques secondes, et si vous n’adaptez pas rapidement vos paramètres, vous risquez de manquer les moments les plus spectaculaires.
Sur le terrain, j’envisage l’exposition comme un équilibre dynamique entre trois éléments : l’ouverture, la vitesse et les ISO. L’ouverture reste généralement fixe (la plus grande possible), ce qui signifie que les ajustements se font surtout entre la vitesse et la sensibilité ISO. Lorsque l’aurore s’intensifie ou accélère, je réduis le temps de pose pour préserver les détails fins et je compense en augmentant légèrement les ISO. À l’inverse, si le phénomène devientplus calme ou diffus, j’allonge le temps de pose et je diminue la sensibilité.
Un autre aspect essentiel est la vérification régulière de l’histogramme. L’écran de l’appareil est trompeur, surtout dans l’obscurité. L’histogramme, lui, ne ment jamais. Il révèle immédiatement si vous perdez des informations dans les ombres ou les hautes lumières, ce que l’écran ne montre pas de manière fiable. Une exposition correcte dès la prise de vue limite le bruit, améliore les contrastes et garantit un fichier propre pour le post-traitement.
Si vous souhaitez approfondir cette notion indispensable, j’ai rédigé un article complet sur la lecture de l’histogramme : https://stan-timelapse-photographie.fr/blog/histogramme-en-photo/

Enfin, n’hésitez pas à refaire quelques tests dès que le comportement de l’aurore change. Une montée soudaine de luminosité demande une adaptation immédiate, tandis qu’une accalmie permet de revenir sur des réglages plus doux. Ajuster son exposition en temps réel fait partie intégrante de la photographie d’aurores boréales : c’est une compétence qui se construit avec la pratique.
Exemples de réglages réels sur le terrain
Pour illustrer à quel point les réglages varient selon l’intensité, la vitesse et la luminosité de l’aurore, voici trois exemples issus de mes sorties. Ils montrent bien qu’il n’existe pas de configuration universelle : c’est l’aurore qui impose vos paramètres.
Exemple 1 – Réglages pour une aurore faible

EXIF : 15 mm – f/2.8 – 3200 ISO – 8 s
Cette photo a été prise en Islande en octobre 2019, lors d’une aurore lente et diffuse. L’absence de structures rapides me permettait d’utiliser une pose de huit secondes pour maximiser la luminosité. Avec le 15 mm à f/2.8 et 3200 ISO, j’ai cherché à obtenir un signal propre tout en conservant l’aspect doux et uniforme de cette aurore peu dynamique.
Exemple 2 – Réglages pour une aurore modérée

EXIF : 15 mm – f/2.8 – 6400 ISO – 2,5 s
Cette photo a été prise aux Lofoten en janvier 2025, lors d’une soirée où le groupe que j’accompagnais a eu la chance d’observer une aurore aux drapés réguliers et d’intensité moyenne. Le ciel était déjà bien lumineux, ce qui m’a conduit à choisir un temps de pose court de 2,5 s pour préserver les détails des structures. J’aurais pu monter à 5 s et réduire les ISO, mais je tiens toujours à conserver de la matière dans le sol ; ce réglage à 6400 ISO me permettait de garder un premier plan lisible sans lisser les mouvements de l’aurore.
Exemple 3 – Réglages pour une aurore rapide

EXIF : 15 mm – f/2.8 – 12 800 ISO – 3 s
Cette photo a été prise en février 2025 au Vesterålen, lors d’un spectacle vraiment hors du commun. Ce soir-là, nous avons eu la chance d’observer presque tout le spectre des couleurs aurorales : rose, vert, jaune, orange et même du violet. Les rideaux étaient extrêmement rapides, avec des variations de luminosité très marquées d’une seconde à l’autre.
Pour figer les détails sans perdre la richesse chromatique, j’ai utilisé un temps de pose de 3 s seulement. Avec le 15 mm à f/2.8 et une sensibilité poussée à 12 800 ISO, j’ai choisi de monter fortement les ISO afin de conserver un temps de pose suffisamment court pour empêcher l’aurore de se transformer en voile flou.
8. Composer ses photos d’aurores boréales
Les aurores ne sont pas un sujet suffisant en soi
Pour moi, une aurore boréale n’est pas un sujet photographique à elle seule. C’est un agrément, un élément spectaculaire qui vient enrichir une composition, mais qui ne peut pas porter une image à lui seul. Quand j’explique cela aux participants que j’accompagne, je vois souvent leur surprise. Ils pensent que l’aurore est la photo et que tout ce qui se trouve au sol devient secondaire. C’est normal : face à un phénomène aussi rare et hypnotisant, on imagine facilement que le ciel suffit.
Je leur explique alors que c’est la même logique qu’en photographie de paysage avec les nuages. Un nuage isolé dans un ciel vide ne fait pas une photo. Il ne fonctionne que s’il s’inscrit dans une scène construite avec une lumière, une structure, un premier plan et une ambiance. Avec une aurore, c’est exactement la même chose.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais photographier uniquement le ciel. Dans de très rares situations, une aurore peut être suffisamment intense et structurée pour se suffire à elle-même. C’est ce qui s’est produit lors d’un séjour aux Lofoten. Nous venions de passer un long moment à photographier une aurore dans un fjord, avec les reflets des montagnes dans l’eau, lorsque l’activité est soudain montée d’un cran. Les drapés sont devenus rapides, nets et parfaitement dessinés au-dessus de nous. Ce soir-là, avec le groupe que j’accompagnais, nous avons choisi de la prendre seule dans le ciel, tant elle était spectaculaire.

Mais ces cas restent exceptionnels. La plupart du temps, sans premier plan, sans lignes ni profondeur, une aurore n’est qu’une forme lumineuse dans le noir. C’est l’intégration dans une scène pensée en amont qui transforme réellement une aurore en photographie.
Le repérage
Pour illustrer l’importance du repérage, voici un exemple tiré d’une photo réalisée en Islande en novembre 2022. Je ne connaissais absolument pas la zone et je savais que les orgues basaltiques que je voulais intégrer dans ma composition n’étaient visibles que sur une petite portion du littoral. Je suis donc allé repérer les lieux en début d’après-midi.
Ce repérage m’a permis d’identifier précisément où se trouvaient ces colonnes, comment elles étaient orientées par rapport au nord, et de vérifier que les maisons situées plus loin n’allaient pas projeter de lumière parasite dans mon cadrage. Une fois la nuit tombée, je savais exactement où marcher et où installer mon trépied, ce qui m’a permis de retrouver le spot en quelques secondes malgré l’obscurité totale.
Sans cette préparation, je serais probablement passé à côté de la composition, ou j’aurais perdu de précieuses minutes alors que l’aurore était déjà en train de se former.

En résumé, le repérage est une étape clé. Lorsque l’aurore apparaît, tout peut évoluer très vite. Avoir préparé mes compositions à l’avance me permet de me concentrer pleinement sur le mouvement, la lumière et l’instant. C’est souvent ce qui fait la différence entre une photo simplement correcte et une image vraiment aboutie.
Construire une image cohérente
Composer une photographie d’aurore boréale revient avant tout à organiser une scène où chaque élément joue un rôle. L’aurore n’est qu’une partie du tableau : c’est le sol qui donne de la force à l’image. Un premier plan clair, un relief, une ligne ou une texture créent de la profondeur et guident naturellement le regard vers le ciel. C’est cette organisation visuelle qui transforme un simple phénomène lumineux en image construite.
Pour renforcer la cohérence, j’anticipe toujours la direction du phénomène, souvent vers le nord, et je choisis un cadrage capable d’accueillir ses variations. Une aurore peut changer d’intensité, s’étirer ou se déplacer, et une scène bien structurée reste harmonieuse malgré ces évolutions.
L’objectif n’est pas de chercher l’aurore puis de construire l’image autour d’elle. Il s’agit au contraire de préparer une composition qui la sublime dès qu’elle apparaît.
Exemple 1 – Laponie finlandaise
Ce soir-là, les prévisions n’annonçaient rien d’exceptionnel. Malgré cela, avec un ami photographe, nous avons décidé de sortir pour tenter d’immortaliser le ciel. Parmi les repérages effectués au préalable, ce petit pont en bois faisait partie des lieux que j’avais soigneusement retenus. Une fois sur place, l’aurore restait faible et diffuse, ce qui m’a poussé à miser davantage sur la composition plutôt que sur l’intensité du phénomène.
Sur place, j’ai opté pour une composition parfaitement axée sur le centre du pont. J’ai construit l’image en veillant à placer chaque ligne au bon endroit : les câbles partent des coins supérieurs, le tablier du pont ancre l’image depuis les coins inférieurs, et la rambarde s’aligne sur le tiers inférieur. Ce positionnement précis crée une structure forte, qui canalise immédiatement le regard.
Toutes ces lignes de fuite convergent vers le fond de l’image, exactement là où l’aurore apparaissait timidement. Comme elle était diffuse et peu lumineuse, je voulais éviter toute hésitation visuelle. En dirigeant le regard vers un point unique, la composition rend l’aurore lisible malgré son faible contraste.
C’est dans ce type de situation que l’importance des lignes devient évidente : quand l’aurore n’est pas spectaculaire, c’est la construction du décor qui lui donne de la présence et révèle toute la scène.


Exemple 2 – Nord de l’Islande
Ce soir-là, au nord de l’Islande, je photographiais un lieu que je connaissais déjà très bien. J’y étais venu deux ans auparavant avec l’espoir de capturer une aurore au-dessus de cette structure monumentale, mais une tempête avait totalement balayé la soirée. En y retournant quelques années plus tard, j’avais déjà en tête la composition que je voulais réaliser : je savais précisément comment exploiter l’architecture du site pour mettre en valeur le ciel.
J’ai choisi un cadrage avec très peu de sol et une grande majorité de ciel, car cette nuit-là, l’activité aurorale était exceptionnelle. Le haut du cadre devait être l’espace d’expression principal du phénomène.
Au sol, les formes triangulaires et convergentes de la structure m’ont servi de guide visuel. En les alignant soigneusement, elles créaient des axes qui mènent naturellement le regard vers le ciel, exactement là où l’aurore se déployait.


Cette composition fonctionne parce qu’elle repose sur un équilibre clair : le premier plan donne l’assise, les lignes géométriques guident, et l’espace laissé au ciel révèle l’ampleur du phénomène.
Avoir préparé cette image en amont m’a permis, une fois sur place, de me concentrer uniquement sur la lumière et sur les mouvements auroraux particulièrement spectaculaires de cette nuit-là.
Exemple 3 – Laponie finlandaise
Cette photo a été prise en Laponie finlandaise, dans un paysage entièrement recouvert de neige. Tout était uniformément blanc, sans la moindre texture exploitable. Ne souhaitant pas d’un premier plan lisse, j’ai passé un long moment à chercher un élément capable de casser cet aplat. Après environ une demi-heure à marcher parmi les Tykky, ces épicéas recouverts de neige typiques de la région, j’ai fini par trouver ces croûtes façonnées par le vent. Elles apportaient enfin la texture et le relief dont j’avais besoin.
Au moment de la prise de vue, l’aurore restait basse sur l’horizon. J’ai donc choisi de consacrer deux tiers de l’image au sol pour mettre ce premier plan en valeur. J’ai placé un Tykky dans le tiers haut gauche, sa silhouette forte structure l’image et devient naturellement le point d’ancrage principal. Cela faisait longtemps que je voulais capturer une aurore au-dessus de ces arbres emblématiques, et cette scène s’y prêtait parfaitement.


Ce genre de photo est difficile à préparer en amont. La neige évolue constamment, les volumes changent d’un jour à l’autre, et un repérage anticipé n’a souvent plus aucun sens. J’étais venu avec une intention simple : photographier les Tykky sous les aurores. Une fois sur place, j’ai cherché le premier plan qui correspondait le mieux à cette vision.
C’est un point essentiel : même lorsqu’on ne peut pas repérer précisément, il ne faut jamais se poser au premier endroit venu. Prendre le temps d’explorer, d’observer et de composer sur place fait toute la différence entre une image banale et une photographie réellement construite.
Développer ses photos d’aurores : une étape incontournable
Comme tout fichier RAW, une photo d’aurore nécessite un développement soigné pour révéler tout son potentiel. Lorsque l’image est correctement exposée dès la prise de vue, le traitement reste léger : quelques ajustements suffisent pour restituer la scène telle qu’elle s’est réellement présentée.
La vraie difficulté réside surtout dans la justesse des couleurs. Il faut éviter les dérives trop saturées qui transforment une aurore en néon fluo : l’objectif est de préserver la subtilité du phénomène, pas de le rendre artificiel.
La gestion du bruit demande également une attention particulière. Monter en ISO est parfois indispensable pour suivre une aurore rapide, mais un traitement trop agressif peut détruire la texture du ciel ou lisser les détails des voiles. De mon côté, j’utilise Topaz DeNoise, un outil que j’apprécie pour son efficacité et sa finesse lorsqu’il est utilisé avec mesure.
Si vous souhaitez découvrir ce logiciel, j’ai rédigé un article à son sujet :
https://stan-timelapse-photographie.fr/blog/avis-topaz-denoise-ai/
Je vous propose un avant/après qui illustre parfaitement cette logique : la prise de vue fournit la matière brute, tandis que le développement lui apporte sa justesse, en respectant l’équilibre réel de la scène.
Les erreurs les plus courantes en photographie d’aurores boréales
Même avec une bonne préparation et du matériel adapté, certaines erreurs reviennent très souvent sur le terrain. Elles peuvent sembler mineures, mais elles suffisent parfois à gâcher une soirée pourtant prometteuse ou à limiter la qualité des images obtenues.
Voici les erreurs que j’observe le plus souvent depuis des années : les connaître permet d’éviter bien des déconvenues et d’améliorer rapidement ses résultats.
- Ne pas préparer sa sortie (météo solaire, météo classique, repérage)
- Sous-exposer fortement ses images (perte de détails, bruit accru)
- Penser que l’aurore est le sujet principal
- Penser que « si ce n’est pas vert à l’œil nu, il n’y a pas d’aurore »
- Ne pas vérifier la mise au point régulièrement
- Ne pas vérifier l’histogramme
- Avoir peur de monter trop haut en ISO
- Passer toute la soirée l’œil dans le viseur sans observer le ciel
- Ne pas changer de lieu si l’aurore se déplace
- Penser que vous êtes seul au monde (phare, lampe, passer ou se mettre dans le cadre de quelqu’un)
Conclusion : Photographier les aurores, c’est anticiper, observer et composer
Photographier les aurores boréales ne consiste pas à appliquer une simple recette technique. C’est une discipline où chaque décision compte : comprendre ce que raconte le Soleil, anticiper les dynamiques du ciel, connaître le terrain avant même d’y poser un trépied et maîtriser ses réglages au point de pouvoir les ajuster instinctivement. Sur le terrain, dans le froid ou le vent, je constate toujours la même chose : les images solides ne doivent rien au hasard. Elles naissent d’une approche réfléchie, construite et assumée.
Une aurore peut être faible ou explosive, lente ou fulgurante. Ce qui fait la différence, ce n’est jamais un réglage précis, mais la capacité du photographe à être prêt au moment où le ciel bascule. Avoir sa composition, son premier plan, son orientation et son intention définis avant même que le phénomène ne commence : voilà ce qui transforme une apparition imprévisible en une image cohérente. Ceux qui abordent les aurores avec méthode, en observant et en anticipant, progressent plus vite et produisent des images qui tiennent réellement la route.
Que ce soit en Islande, en Laponie ou dans un fjord norvégien, une constante demeure : l’aurore ne fait pas la photo. C’est le photographe qui, par sa préparation et son regard, donne du sens à ce qu’il voit. Vous ne contrôlerez jamais le ciel, ni le moment où il s’ouvrira, ni la forme que prendra la lumière. En revanche, vous pouvez contrôler votre approche, vos choix et votre patience. Et c’est cette maîtrise qui permet, un soir, de revenir avec une image qui dépasse le simple événement pour devenir une photographie aboutie.
Si vous souhaitez mettre en pratique cette approche sur le terrain, j’accompagne chaque année deux voyages photo en partenariat avec l’agence Photographes du Monde :
Vesterålen : PARADIS DE NEIGES ET D’AURORES :
https://www.photographesdumonde.com/voyage-photo/europe/norvege/vesteralen/vesteralen-hiver
Lofoten : ENTRE FJORDS ET AURORES :
https://www.photographesdumonde.com/voyage-photo/europe/norvege/lofoten/lofoten-hiver
Clair, net et précis.
Merci beaucoup pour cet article qui est absolument bien détaillé.
Merci beaucoup pour ton retour Cédric 🙂
Bonjour
merci de me transmettre cet article en .pdf, je pourrai le montrer aux adhérents de notre club photo en tant qu’outil pédagogique
cordialement
Bonjour Mr Marchand,
Malheureusement cet article n’est pas conçu pour être envoyé en PDF. Si vous souhaitez vous en servir de support pédagogique pour votre club photo, vous pouvez y accéder quand vous le souhaitez directement depuis le site.
merci de votre compréhension
Un jour avec charlotte on viendra avec toi en Islande. allez là, des étoile pleins les yeux et l’objectif..tout y est..
Oui pourquoi pas, un voyages la bas entre pote ça serait cool 😉
C’est énorme, et ca n’omet aucun détail.
Ca ne me servira pas de suite, mais je l’ai mis direct dans mes favoris et je le repotasserai quand le voyage en Islande se profilera à l’horizon 😉
Merci beaucoup pour le retour !
je te souhaite de pouvoir un jour admirer ce phénomène hors du commun
Si avec autant de détails je loupe mes prochaines aurores, c’est que je dois arrêter la photo et me mettre au macramé !
Merci pour cet article des plus convaincants !
je te souhaites d’avoir la chance d’aller en voir 😉
Étant de nature fleimarde, même si j’ai aimé faire de la photo avec mon Nikon dans les années 80, je n’ai plus du tout envie de me mettre à apprendre (mon smartphone me suffit) surtout quand d’autres font des photos magnifiques 😂😂😂😂
Continues de nous régaler 😉😉
il est vrai que les téléphone sont de plus en plus qualitatif en photo, mais rien ne vaut un appareil photo 😉
Un immense merci pour ce cour, clair, précis et très pédagogique. Je pars en Islande en mars 2024, pour réaliser mon rêve de voir des aurores boréales. Je devais partir en octobre 23 , mais un contretemps m’empêche de m’y rendre cette année. Votre cours m’apporte toutes les notions de bases nécessaires pour les photographier. J’ai un boîtier Nikon 5100 depuis 12 ans, un trepied et une télécommande. J’ai un objectif a Focal fixe 35 mm F1.8. J’imagine pouvoir faire quelques beaux clichés. J’espère pouvoir en voir. L’avantage de repousser mon départ, est que je pars 10j au lieu de 8.
Super article, maintenant il te reste qu’à organiser un workshop ou voyage pour que je mette en pratique… merci Stanley
Bonjour Geneviève,
merci pour ton retour sur l’article 😉
pour mettre ça en pratique tu n’as qu’a me rejoindre au Lofoten avec photographes du monde, une des deux dernières semaines de janvier 2025 🙂
à bientôt
Stanley
Toutes ces informations sont très nettes et précises, j’aurais jamais pensé qu’il fallait autant monter les iso…
Maintenant il faut attendre et espérer être au rdv, à bientôt et passe de belles fêtes..
Bises
oui, ce n’est pas comme la voie lactée, là, le phénomène ce déplace tres vite donc il faut monter les iso afin d’avoir le temps de pose le plus court possible.
je croise les doigts pour ton sejour 😉
a bientôt
bonne fêtes à toi aussi 🙂
Bonjour,
Très bel article très complet. Juste une petite question, le réglage de la balance des blancs même si c’est un raw vous la régler comment? Merci de votre retour.
Bonjour,
Merci 😁
Pour la balance des blancs ça n’a pas grande importance vu que c’est en Raw. Pour ma part je Photographie toujours en lumière naturelle. Mais vous pouvez très bien rester en auto.