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Photographier les aurores boréales

Temps de lecture : environ 10 min 

Photographier les aurores boréales est un rêve pour la plupart des photographes.

A première vue, photographier ce phénomène hors du commun pourrait paraître compliqué. N’ayez cependant aucune crainte ! Depuis l’avènement des appareils photo numériques, photographier les aurores boréales est devenu plus simple qu’il n’y paraît.

Dans cet article, je vais vous donner toutes les clés pour réussir vos plus belles photos d’aurores boréales.

Aurore boréale, kirkjufell, Grundarfjörður, Islande

Qu’est-ce qu’une aurore boréale ?

Dans la famille des aurores polaires, on retrouve deux types d’aurores : les aurores boréales qui ne sont visibles que dans l’hémisphère nord et les aurores australes qui, elles, ne sont visibles que depuis l’hémisphère sud.

Le nom aurore boréale vient de « Aurora borealis ». Aurora signifie « lever du jour », c’est aussi le nom de la déesse romaine de l’aube. Borealis vient d’un mot grec désignant le vent du nord.

Ce phénomène se caractérise par de longues traînées de couleur qui sont en mouvement dans le ciel. Les aurores polaires peuvent se parer de plusieurs couleurs. La plupart du temps, elles sont vertes fluorescentes. Mais on peut parfois observer du jaune, du bleu, de l’orange, du rose, du violet ou du rouge.

Aurore boréale au dessus de la lagune du jokulsarlon (Islande)

Comment se forment les aurores boréales ?

La manifestation des aurores polaires est due à la rencontre des vents solaires avec le champ magnétique terrestre. Les vents solaires sont principalement constitués de protons et d’électrons. Quand ces derniers viennent percuter la magnétosphère de notre terre, ils sont attirés vers une zone située autour des pôles, appelée ovale auroral. Les particules des vents solaires entrent alors en interaction avec les atomes de notre atmosphère, comme : l’azote, l’oxygène, l’hydrogène et l’hélium. C’est ainsi que se créent les aurores polaires.

En fonction des atomes qui vont être stimulés, les couleurs des aurores varient. La couleur verte, la plus commune, est générée par les atomes d’oxygène. Les autres couleurs naissent de l’interaction des vents solaires avec les autres atomes.

Il est à noter que dans la plupart des cas, il est difficile de capter à l’œil nu tout le spectre des couleurs des aurores polaires. Alors qu’au contraire, la sensibilité de nos appareils photos permet de capturer toute la magnificence de ce phénomène.

Champs magnétique terrestre

Comment photographier les aurores boréales ?

1. Préparer sa sortie

Il est primordial de bien préparer votre sortie. Une sortie bien planifiée, c’est 50 % de la réussite de vos photos

  • Où photographier les aurores Boréales ?

Pour observer les aurores boréales, vous devez vous trouver dans un pays nordique situé au-dessus d’une latitude de 60°N. L’Islande, la Suède, la Norvège, la Finlande, le nord de la Russie, le Groenland, l’Alaska ou encore le Canada sont des pays propices pour photographier les aurores boréales.

Lors de fortes tempêtes géomagnétiques, la zone d’observation des aurores boréales peut s’étendre sur des latitudes plus basses, jusqu’au pays baltes.

Pour mesurer la magnitude des vents solaires, on utilise l’indice Kp (Planetary K-index). Cet indice permet de définir jusqu’à quelle latitude vont se propager les aurores. Plus le Kp est grand et plus il sera possible d’observer le phénomène en basse latitude. Par exemple, si le Kp est de 5, il sera possible de voir des aurores entre le Kp.0 et le Kp.5.

Carte indice KP
  • Quand photographier les aurores boréales ?

La saison des aurores boréales s’étend de début septembre à fin mars. Le pic d’activité est généralement situé entre 19h à 01h. Mais cette plage horaire peut varier en fonction de l’intensité des vents solaires. Lors de grosses tempêtes, les aurores peuvent rayonner de 16h à 6h30.

Afin de suivre en temps réel l’activité des aurores, j’utilise les applications Aurora Forecast & Aurora Forecast 3D.

 

Carte application Aurora forecast 3D

Application Aurora forecast 3D

  • Connaître la météo

Pour admirer les aurores boréales dans les meilleures conditions, le ciel doit être au maximum exempt de couverture nuageuse.

Je vous recommande donc de vérifier la météo du lieu où vous devez vous rendre. Pour cela, j’ai pour habitude d’utiliser l’application Windy . Elle permet d’afficher une carte avec la couverture nuageuse en temps réel.

Connaitre en avance les conditions climatiques du lieu où vous allez faire vos prises de vue peut permettre de vous éviter un long trajet inutile.

Carte couverture nuageuse Windy
  • Attention au froid !

Comme vous pouvez vous en douter, il peut faire très froid la nuit dans les pays nordiques. Les sessions de photos d’aurore boréales peuvent être longue. Pensez à bien vous couvrir !

  • Le repérage

Le repérage des lieux que vous allez photographier est un point important. Je vous recommande de vous y rendre en pleine journée afin de reconnaître les lieux. Cela vous permettra de réfléchir à vos futures compositions.

Si vous n’avez pas l’occasion de venir découvrir les lieux en avance, je vous conseille d’arriver sur le spot avant les premières apparitions d’aurores boréales. Le phénomène peut être fugace, il serait dommage de le louper.

Aurore boréale, région de Geysir, Islande
  • Fuir la pollution lumineuse

Comme pour toute photographie de paysage nocturne, vous allez devoir vous éloigner le plus possible des villes. Il serait dommage de gâcher un si joli spectacle avec de la pollution lumineuse. Afin de trouver le spot idéal je vous conseille le site https://avex-asso.org ou http://darksitefinder.com/maps/world. Le premier propose des cartes de pollution lumineuse très précises pour l’Europe. Tandis que le second, un peu moins précis, propose une carte mondiale.

Carte pollution lumineuse du site darksitefinder.com

Carte pollution lumineuse du site darksitefinder.com

  • La composition

Comme pour toute photographie, la composition est sans doute le point clé pour réussir une belle photo. La composition est ce qui va rendre votre cliché original. Les aurores polaires ne sont pas un sujet à part entière, au même titre que les nuages ou la voie lactée. Prenez donc le temps de trouver un joli premier plan que l’aurore boréale viendra sublimer.

Si vous souhaitez en connaître plus sur la composition, je vous recommande cet article :

https://stan-timelapse-photographie.fr/blog/la-composition-donner-du-sens-a-vos-photo/

Aurore boréale depuis la lagune gelée du vestrahorn, Stokksnes, Hofn, Islande

2. Quel matériel pour photographier les aurores boréales ?

  • Avec quel appareil photo peut-on photographier les aurores boréales ?

Plus votre appareil sera récent et de bonne qualité, moins vos clichés seront bruités. Cela ne veut pas dire que si vous avez un boîtier d’entrée de gamme, vous ne pourrez pas immortaliser ce sublime phénomène. N’importe quel appareil possédant le mode « manuel » permet de réaliser des photos d’aurores boréales. Pour tout vous dire, il est possible d’en faire avec un smartphone doté d’un mode « pro ».

  • Quel objectif avoir pour photographier les aurores boréales ?

Afin de couvrir une très large zone, je vous recommande d’utiliser un objectif grand angle ou ultra grand angle. Les focales allant de 11 mm à 35 mm sur un plein format ou de 10mm à 24mm sur APSC, sont parfaites pour ce type de photo.

Votre objectif devra avoir une ouverture au minimum de F/2,8, afin de capter le plus de lumière possible. Si vous n’avez pas un objectif avec une telle ouverture, une focale ouvrant à F/3.5 ou au grand maximum à F/4 peut faire l’affaire. Par contre, pour compenser le manque de lumière vous devrez compenser par une montée en ISO plus importante. Attention dans ce cas-là, à la montée de bruit !

Aurore boréale à la chapelle Úthlíðarkirkja, Úthlíð, Islande
  • Quels accessoires sont nécessaires pour photographier les aurores boréales ?
trépied
Le trépied

Le trépied est l’accessoire indispensable pour ce type de photographie. Pour photographier les aurores boréales vous aurez besoins de faire des poses longues. Le trépied vous permettra de rester stable lors de la prise de vue.

batterie
Les Batteries

Je vous recommande d’avoir au minimum deux batteries. Celles si devront être chargées au maximum. Attention, par temps froid, les batteries ont tendance à se décharger plus vite. Pour pallier ce problème, gardez-les au chaud dans une poche intérieure de votre veste.

télécommande
Une télécommande

La télécommande n’est pas indispensable mais son utilisation est bien pratique. Elle vous permettra de déclencher votre appareil sans avoir à enlever les gants et vous évitera donc de vous geler les doigts. Si vous n’en avez pas, utilisez la fonction « retardateur » de votre boitier, avec un minimum de 5s. Cela permettra d’éviter les flous de mouvement dus à l’appui du doigt sur le boitier.

ceinture antibuée Haida
Ceinture antibuée

Comme pour la télécommande, l’utilisation de la ceinture antibuée n’est pas indispensable pour photographier les aurores boréales. Mais cette dernière peut être bien utile pour prévenir l’apparition de buée ou de gel sur votre objectif.

lampe frontale
Une lampe Frontale

Cette dernière est bien pratique pour éclairer votre chemin. Je vous recommande une frontale qui dispose d’une lumière rouge, ce qui permettra de ne pas vous éblouir.

Attention, la plupart du temps vous ne serez pas seul sur les spots. Par respect pour les autres photographes, je vous invite à vérifier qu’il n’y ait personne autour de vous avant d’allumer votre lampe. Afin de ne pas gêner, n’éclairez jamais au loin. Si vous avez vraiment besoin de lumière pour faire vos réglages, utilisez la lumière rouge de votre frontale. Si vous n’en avez pas, utilisez la lumière de l’écran de votre smartphone, cette dernière est assez faible pour ne pas déranger les autres photographes.

aurore boréale, cascade de Seljalandsfoss Islande

3. Quels réglages utiliser pour photographier les aurores boréales ?

  • Prendre des photos en RAW

Pour réaliser des photographies d’aurores boréales, vous allez devoir prendre des clichés au format RAW et non en Jpeg. Vous risquez sinon d’avoir des difficultés lors du post-traitement de vos images.

  • Comment faire la mise au point ?

L’autofocus ne fonctionnant pas la nuit, vous devrez passer en mise au point manuelle. Une fois dans ce mode, activez votre liveview. Ensuite visez une étoile très brillante, zoomez numériquement dans votre liveview et faites la mise au point sur l’étoile à l’aide de la bague qui se trouve sur votre objectif. Pour que la mise au point soit optimale, il vous faudra trouver le moment où l’étoile sera la plus petite possible. Attention, à pleine ouverture entre F/1.2 et F/2,8, cela peut être long à faire. Prenez votre temps pour faire votre MAP, c’est de cette dernière que dépendra la netteté de vos clichés.

Il y a aussi la solution de faire la mise au point sur l’infini. Honnêtement je ne suis pas fan de cette méthode. Certes cette technique est bien plus rapide à mettre en œuvre que la première, mais elle comporte une faille. A des températures extrêmes, les lentilles de votre objectif se dilatent ou se contractent, ce qui fausse la mise au point à l’infini.

Que vous utilisiez la première ou la seconde méthode. Je vous recommande vivement de faire une photo test, afin de vérifier si votre mise au point est juste.

  • Désactiver la réduction du bruit

Les boîtiers numerique sont équipés d’une option de réduction automatique du bruit. Attention, elle est longue à effectuer et rendra votre appareil inopérant pendant de longues secondes.

  • Les réglages 

La photographie d’aurores boréales s’apparente énormément à la photographie d’étoiles. Il n’existe donc pas de réglage prédéfini. En fonction de la vitesse et de l’intensité lumineuse des aurores boréales, les réglages peuvent varier.

Il faut savoir que les aurores polaires peuvent bouger assez vite. Quand cela arrive, vous devrez utiliser un temps de pose le plus court possibles et des ISO assez hauts afin de fixer le mouvement de l’aurore. Si à l’inverse elle ne bouge pas trop, vous pourrez adopter un temps de pose un peu plus long et des ISO plus bas.

Dans tous les cas, votre ouverture devra être la plus grande possible !

Voici les réglages que j’utilise en fonction des différentes situations.

 – Vitesse de l’aurore élevée : F/2.8, entre 4 et 8 secondes, entre 3200 et 6400 ISO

– Réglage intermédiaire : F/2.8, entre 8 et 10 secondes, entre 2500 et 3200 ISO

– Vitesse de l’aurore basse : F/2.8, maximum 15 secondes entre 1600 et 2500 ISO

Comme pour la mise au point, je vous recommande de faire quelques photos tests afin de trouver les réglages qui vous conviendront le mieux.

Il est à noter que lorsque que vous allez prendre vos photos, des étoiles vont se trouver dans le cadre. Pour que ces dernières ne soient pas filées, tout comme en astrophotographie, vous allez devoir adopter la règle des 500.

Si vous ne connaissez pas cette fameuse règle, je vous invite à lire cet article :

http://vivre-de-la-photo.fr/la-regle-des-500-pour-photographier-les-etoiles/

Il peut arriver que votre aurore boréale soit bien exposée mais que votre premier plan soit trop sombre. Dans ce cas-là, je vous recommande d’utiliser la méthode du digital blending. Une fois votre photo d’aurore prise et bien exposée, vous pouvez prendre une seconde photo avec un temps de pose plus long, afin de mieux exposer votre premier plan.

Vous souhaitez en apprendre plus sur le digital blending, c’est par ici :

https://stan-timelapse-photographie.fr/blog/digital-blending/

Aurore boréale au dessus d'un carcasse d'avion, Islande

Conclusion

Avoir la chance d’admirer des aurores boréales est précieux : ce sont des moments vraiment magiques. J’ai beau avoir eu la chance d’en voir plusieurs fois dans ma vie, à chaque nouvelle aurore, c’est autant d’émotions que pour la première. Pour tout vous dire, il m’est même arrivé d’apprendre à mes participants à les photographier tout en ayant la larme à l’œil. Bon, je l’avoue, j’ai l’âme sensible.

Lors de vos prises de vues, pensez à lever le nez de votre boîtier pour admirer le spectacle. Si vous respectez ce qui est expliqué dans cet article, il n’y a pas de raison que vous ne rentriez pas avec un beau souvenir de ce moment hors du temps.

Si cet article vous a plu ou que vous avez des questions, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire.

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15 Commentaires

  1. Clair, net et précis.
    Merci beaucoup pour cet article qui est absolument bien détaillé.

    Réponse
  2. Bonjour
    merci de me transmettre cet article en .pdf, je pourrai le montrer aux adhérents de notre club photo en tant qu’outil pédagogique
    cordialement

    Réponse
    • Bonjour Mr Marchand,
      Malheureusement cet article n’est pas conçu pour être envoyé en PDF. Si vous souhaitez vous en servir de support pédagogique pour votre club photo, vous pouvez y accéder quand vous le souhaitez directement depuis le site.
      merci de votre compréhension

      Réponse
    • Un jour avec charlotte on viendra avec toi en Islande. allez là, des étoile pleins les yeux et l’objectif..tout y est..

      Réponse
      • Oui pourquoi pas, un voyages la bas entre pote ça serait cool 😉

        Réponse
  3. C’est énorme, et ca n’omet aucun détail.
    Ca ne me servira pas de suite, mais je l’ai mis direct dans mes favoris et je le repotasserai quand le voyage en Islande se profilera à l’horizon 😉

    Réponse
    • Merci beaucoup pour le retour !
      je te souhaite de pouvoir un jour admirer ce phénomène hors du commun

      Réponse
  4. Si avec autant de détails je loupe mes prochaines aurores, c’est que je dois arrêter la photo et me mettre au macramé !
    Merci pour cet article des plus convaincants !

    Réponse
    • je te souhaites d’avoir la chance d’aller en voir 😉

      Réponse
  5. Étant de nature fleimarde, même si j’ai aimé faire de la photo avec mon Nikon dans les années 80, je n’ai plus du tout envie de me mettre à apprendre (mon smartphone me suffit) surtout quand d’autres font des photos magnifiques 😂😂😂😂
    Continues de nous régaler 😉😉

    Réponse
    • il est vrai que les téléphone sont de plus en plus qualitatif en photo, mais rien ne vaut un appareil photo 😉

      Réponse
  6. Un immense merci pour ce cour, clair, précis et très pédagogique. Je pars en Islande en mars 2024, pour réaliser mon rêve de voir des aurores boréales. Je devais partir en octobre 23 , mais un contretemps m’empêche de m’y rendre cette année. Votre cours m’apporte toutes les notions de bases nécessaires pour les photographier. J’ai un boîtier Nikon 5100 depuis 12 ans, un trepied et une télécommande. J’ai un objectif a Focal fixe 35 mm F1.8. J’imagine pouvoir faire quelques beaux clichés. J’espère pouvoir en voir. L’avantage de repousser mon départ, est que je pars 10j au lieu de 8.

    Réponse
  7. Super article, maintenant il te reste qu’à organiser un workshop ou voyage pour que je mette en pratique… merci Stanley

    Réponse
    • Bonjour Geneviève,
      merci pour ton retour sur l’article 😉
      pour mettre ça en pratique tu n’as qu’a me rejoindre au Lofoten avec photographes du monde, une des deux dernières semaines de janvier 2025 🙂
      à bientôt
      Stanley

      Réponse
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