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Photographier au grand angle et à l’ultra grand angle

pourquoi c’est plus difficile qu’il n’y paraît

Photographier au grand angle et à l’ultra grand angle fascine de nombreux photographes. La promesse est séduisante : plus de champ, plus de liberté, plus de possibilités. C’est souvent l’un des premiers objectifs achetés quand on se lance dans la photographie de paysage. Et l’idée reçue est tenace : puisqu’ils permettent de tout faire rentrer dans le cadre, ces objectifs seraient plus faciles à utiliser qu’une focale standard ou un téléobjectif.

La réalité sur le terrain est tout autre. Dans les groupes que j’accompagne, je remarque systématiquement la même chose : les participants n’arrivent pas à tirer parti du vrai potentiel de ces objectifs. Et pour cause. Le grand angle est l’une des focales les plus exigeantes sur le plan de la composition. Plus la focale est courte, plus les erreurs de construction sont visibles. Il ne pardonne rien. Avec un ultra grand angle, cet effet se décuple encore. La moindre approximation dans la construction de l’image devient immédiatement perceptible.

Dans cet article, je veux expliquer pourquoi tant de photographes peinent à exploiter ces focales, et surtout ce qu’il faut comprendre pour en tirer vraiment parti.

Trois objectifs grand angle et ultra grand angle pour la photographie de paysage

Comprendre ce que font vraiment le grand angle et l’ultra grand angle

Définition et angle de champ : où commence le grand angle ?

Un objectif grand angle se caractérise par une focale inférieure à 35 mm en plein format. C’est la définition technique. Plus la focale est courte, plus l’angle de champ est large. À 24 mm on atteint environ 84 degrés. À 16 mm on dépasse les 107 degrés. En dessous de 24 mm, on entre dans le territoire de l’ultra grand angle.

Pour les utilisateurs APS-C, il faut appliquer le coefficient multiplicateur de 1,5x ou 1,6x selon la marque. Un 10 mm se comporte ainsi comme un 15 mm en plein format.

Une fois sur le terrain, on s’aperçoit rapidement que cette définition technique ne reflète pas vraiment la réalité. Entre 16 mm et 24 mm, on est sur du grand angle au sens photographique du terme. En dessous de 16 mm, on bascule sur l’ultra grand angle. C’est à partir de 16-24 mm qu’on commence vraiment à ressentir les effets caractéristiques : le premier plan prend de la présence, l’arrière-plan recule. En dessous de 16 mm, ces effets sont poussés à l’extrême. Le potentiel créatif est immense, mais la moindre erreur de construction devient immédiatement visible.

L’exagération des distances : le mécanisme central à comprendre

Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que le grand angle n’élargit pas simplement la scène. Il exagère les distances. Ce qui est proche de l’objectif paraît beaucoup plus grand qu’en réalité. Ce qui est loin paraît beaucoup plus petit. Concrètement, un rocher situé à 50 centimètres de l’objectif peut occuper un tiers du cadre, tandis qu’une montagne imposante semble minuscule à l’arrière-plan. Ce n’est pas un simple agrandissement du champ de vision. C’est une exagération de la perspective. Et plus la focale est courte, plus cet effet est prononcé.

C’est précisément de là que viennent presque toutes les difficultés avec ces focales. Quand on ne comprend pas ce mécanisme, on utilise le grand angle comme une focale standard. On espère juste “voir plus large”. Et on obtient des images vides, déséquilibrées ou surchargées sans cohérence. En revanche, quand on comprend et qu’on exploite cette exagération des distances, le grand angle et l’ultra grand angle deviennent des outils d’une puissance rare. Ils créent une profondeur et une immersion dans l’image qu’aucune autre focale ne peut reproduire.

Tout ce qui suit découle de ce principe fondamental.

Photographie grand angle Lofoten - glace craquelée au premier plan et montagne enneigée en arrière-plan

La craquelure dans la glace que vous voyez au premier plan ne mesure que 25 cm de long et 15 cm de haut. Au 15mm, elle occupe les deux tiers du cadre et domine visuellement une montagne de plusieurs centaines de mètres. C’est ça, l’exagération des distances au grand angle.

L’erreur numéro 1 au grand angle : négliger le premier plan

C’est l’erreur la plus fréquente en photographie au grand angle, et de loin. Je la vois à chaque stage et chaque voyage photo, quel que soit le niveau des participants.

Le scénario est toujours le même. Le photographe repère un beau paysage. Il se positionne, cadre le sujet principal, une montagne, un lac, une lumière spectaculaire, et déclenche. L’image rentre dans le cadre, l’horizon est droit, la lumière est belle. Et pourtant, quelque chose ne fonctionne pas. L’image semble plate, vide, sans accroche.

Photographie grand angle champ givré avec premier plan vide - exemple d'erreur de composition

Malgré une belle lumière de lever de soleil, ce premier plan d’herbe givrée ne guide pas le regard. Il occupe la moitié du cadre sans apporter aucune accroche visuelle. Le regard entre dans l’image et tombe dans ce vide sans trouver de chemin vers le sujet principal.

Ce qui manque, c’est un premier plan

Avec un grand angle ou un ultra grand angle, le bas de l’image représente une zone immense dans l’espace réel. Si cette zone ne contient rien d’intéressant, une herbe banale, un sol nu, un vague flou, elle devient un gouffre visuel. Le regard entre dans l’image, tombe dans ce vide et n’a aucun chemin pour progresser vers le sujet principal. L’image ne fonctionne pas, quelle que soit la qualité de la lumière.

Le grand angle exige un premier plan fort. Pas nécessairement spectaculaire, mais visuellement présent. Une texture, une forme, une ligne, un élément qui donne au regard une accroche immédiate et l’invite à progresser vers l’arrière-plan. C’est ce dialogue entre le proche et le lointain qui crée la profondeur caractéristique des images grand angle réussies. C’est aussi ce qui distingue une image plate d’une image qui aspire le regard.

Les galets couverts d’algues occupent le bas du cadre et attirent immédiatement le regard. Depuis là, il remonte naturellement vers les aiguilles rocheuses en arrière-plan. C’est exactement ce dialogue entre le proche et le lointain qui crée la profondeur et l’immersion dans l’image.

Photographie grand angle Madère - galets couverts d'algues au premier plan et aiguilles rocheuses en arrière-plan

Comment trouver le bon premier plan sur le terrain

Ma façon de travailler sur le terrain illustre bien ce principe. Quand j’arrive sur un spot, je commence par définir mon sujet principal : une montagne, une cascade, un ciel chargé. Ensuite je pars à la recherche du premier plan. Je me déplace, je cherche, je teste différents angles. C’est souvent la partie la plus longue de mon travail sur le terrain, mais aussi la plus importante. Dans la plupart de mes images, ce premier plan finit par prendre tellement de place dans le cadre qu’on a parfois l’impression qu’il est devenu le sujet principal de la photo. C’est exactement l’effet recherché. Le sujet attire, mais c’est le premier plan qui crée l’immersion.

La recherche du premier plan fait partie intégrante du processus de construction de l’image, au même titre que la lumière ou le cadrage. Sur le terrain, avant de déclencher, la question est simple : qu’est-ce qui justifie visuellement ce premier plan ? Guide-t-il le regard vers le sujet principal ? Apporte-t-il une information visuelle supplémentaire ? Si la réponse est “rien de particulier”, il faut bouger. Changer d’angle, se déplacer, chercher. Le premier plan ne se trouve pas toujours là où on s’y attend, mais il est presque toujours là.

Pour comprendre comment j’aborde la construction d’une image dès l’arrivée sur un spot, j’ai écrit un article dédié que je vous invite à lire : comment j’analyse un spot photo sur le terrain.

L’erreur numéro 2 au grand angle : rester trop loin du premier plan

C’est une erreur directement liée au principe d’exagération des distances. Je vois régulièrement des participants pointer leur ultra grand angle vers un élément de premier plan, un rocher, un arbre, une cabane, en restant à une distance normale, comme ils le feraient avec une focale plus longue. Résultat : un sujet minuscule, perdu dans un cadre immense, sans présence ni impact.

Photographie grand angle lac et rocher - exemple de premier plan trop loin sans impact

Le rocher au premier plan est intéressant, mais on est resté trop loin de lui. Il est petit, sans impact, perdu sur le côté du cadre. En s’approchant à 30 ou 40 centimètres, ce même rocher aurait occupé une grande partie du cadre et créé un dialogue fort avec les montagnes en arrière-plan. Quelques pas suffisent à transformer complètement une image.

Le grand angle ne rapproche pas. Il fait même exactement l’inverse : il repousse visuellement ce qui est loin. Si vous voulez qu’un sujet soit présent dans l’image, il faut physiquement s’en approcher. Parfois très près. Quelques dizaines de centimètres peuvent suffire à transformer complètement une image.

La règle du corps avant le zoom

Il y a un autre comportement que j’observe systématiquement sur le terrain. Les photographes qui ont un zoom grand angle, un 16-35 mm par exemple, restent presque toujours zoomés. Ils n’exploitent jamais la focale la plus large. C’est une erreur fondamentale. Mon conseil est simple : imaginez votre grand angle ou ultra grand angle comme une focale fixe. Restez à la focale la plus courte. Tant que vous pouvez vous déplacer, déplacez-vous. Avancez, reculez, changez de point de vue. Bougez votre corps, pas votre zoom. Ce n’est que lorsque vous ne pouvez vraiment plus bouger que vous pouvez envisager de zoomer. Ce réflexe change radicalement la façon d’utiliser ces focales.

S’approcher à 30 ou 40 centimètres d’un élément avec un objectif sur trépied peut sembler excessif. Ça ne l’est pas. C’est précisément ce qui permet à l’objectif d’exagérer la taille du premier plan et de créer ce rapport de proximité qui donne toute sa force à l’image.

La fougère au premier plan se trouve à environ 20 centimètres de l’objectif. Ce qui peut sembler excessif sur le terrain donne toute sa force à l’image finale. C’est cette proximité qui permet au grand angle d’exagérer les distances et de faire occuper au premier plan une place dominante dans le cadre.

Trépied et appareil photo à 20cm d'une fougère au grand angle - Açores

Les photographes qui osent cette proximité obtiennent des images d’une toute autre dimension.

L’erreur numéro 3 au grand angle : vouloir tout faire rentrer dans le cadre

C’est la tentation naturelle avec un grand angle ou un ultra grand angle. Puisque la focale permet d’inclure beaucoup d’éléments, pourquoi ne pas en profiter ?

Le problème, c’est que le grand angle ne sélectionne pas. Il inclut tout indifféremment. Le sujet principal, les éléments secondaires, et tous les parasites visuels qui se trouvent dans le champ. Et parce qu’il exagère les distances, les éléments proches occupent une place disproportionnée dans le cadre, qu’ils soient intéressants ou non.

Une composition surchargée avec un grand angle est particulièrement difficile à lire. Le regard ne sait pas où aller. Plusieurs éléments se disputent l’attention. Aucun ne s’impose clairement. L’image donne une impression de chaos malgré une lumière ou un paysage pourtant remarquable.

La maîtrise du grand angle passe par l’épuration. Il ne s’agit pas de faire des images minimalistes à tout prix. Il s’agit de choisir délibérément ce qui entre dans le cadre. Chaque élément doit jouer un rôle précis : guider le regard, renforcer la profondeur, soutenir le sujet principal. Tout ce qui ne remplit pas ce rôle est un parasite potentiel.

Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous recommande de lire mon article sur les règles de composition en photographie.

Le format vertical, une arme d’épuration sous-estimée

Dans ma pratique, j’utilise très souvent le format vertical avec un grand angle ou un ultra grand angle. C’est un choix délibéré. Le format vertical me permet d’avoir un premier plan plus proche et plus présent dans le cadre. Mais surtout, il élimine naturellement une grande partie des éléments parasites sur les côtés. Là où le format horizontal aurait inclus des zones sans intérêt en bordure de cadre, le format vertical resserre la composition et force l’épuration. C’est une technique simple mais redoutablement efficace.

Le format vertical m’a permis ici de placer la chaîne couverte d’algues en très gros plan au premier plan. Mais surtout, il a naturellement exclu les autres bateaux qui se trouvaient de chaque côté du cadre. La composition est allégée, le regard suit la chaîne directement vers le voilier. C’est exactement ce que le format vertical apporte au grand angle : une épuration sans effort.

Photographie grand angle format vertical Bretagne - chaîne algues au premier plan et voilier en arrière-plan

En pratique, cela signifie aussi se déplacer pour éliminer un élément gênant en bordure de cadre. Ou choisir un point de vue qui simplifie l’arrière-plan. Ou renoncer à inclure un détail pourtant attrayant parce qu’il crée une tension inutile. L’épuration est un choix actif, pas une contrainte.

Gérer les distorsions du grand angle : ennemi ou allié ?

Les distorsions sont inhérentes aux courtes focales. Plus la focale est courte, plus elles sont marquées. À partir d’un certain angle de champ, les lignes droites se courbent, les volumes se déforment, les verticales convergent. Avec un ultra grand angle, ces phénomènes atteignent un niveau qu’on ne peut pas ignorer. Cambridge in Colour propose une analyse détaillée de ces distorsions optiques propres aux objectifs grand angle si vous souhaitez aller plus loin sur le plan technique.

La question n’est pas de les supprimer à tout prix. Il s’agit de comprendre quand elles posent problème et quand elles peuvent devenir un parti pris visuel assumé.

Quand la distorsion nuit à l’image

En photographie de paysage, les distorsions posent rarement problème sur des éléments naturels. Un rocher déformé, une vague étirée, un arbre légèrement incurvé, rien de tout cela ne gêne la lecture de l’image. En revanche, dès que des lignes droites entrent dans le cadre, l’horizon, une ligne de côte, le bord d’un lac, les distorsions deviennent immédiatement visibles. Elles peuvent fragiliser sérieusement l’image.

L’horizon droit est non négociable. C’est la première chose que l’oeil vérifie dans une image de paysage. Un horizon penché crée une tension inconfortable que rien ne peut rattraper sans rognage important. Prenez le temps de le vérifier au déclenchement. Utilisez le niveau électronique si votre appareil en dispose.

Quand la distorsion devient un parti pris visuel

Les distorsions sont particulièrement prononcées quand on plonge ou contre-plonge avec un grand angle ou un ultra grand angle. Plus l’objectif est incliné par rapport à l’horizontale, plus les verticales convergent et plus les déformations sont visibles. Cela ne veut pas dire qu’il faille systématiquement photographier avec l’horizon au centre de la composition pour les éviter. Ce serait une contrainte bien trop limitante. Une grande partie des images les plus fortes prises au grand angle sont précisément le résultat d’une plongée ou d’une contre-plongée assumée.

Photographie grand angle contre-plongée éolienne et voie lactée - distorsion assumée Pyrénées Orientales

La contre-plongée prononcée au 11mm APS-C crée une forte convergence des verticales. Le mât semble s’élancer directement vers la Voie Lactée. Ce n’est pas une distorsion à corriger en post-traitement. C’est un choix créatif délibéré qui donne toute sa dynamique et son impact à l’image.

Les distorsions de perspective se corrigent en post-traitement dans une certaine mesure. Mais cette correction a parfois un coût sur le sens et l’impact de l’image. Avant de corriger, posez-vous toujours la question : est-ce que cette distorsion nuit à l’image, ou fait-elle partie du message ?

La hauteur de prise de vue au grand angle : le levier le plus sous-estimé

C’est sans doute le paramètre le plus négligé en photographie au grand angle et à l’ultra grand angle. La hauteur à laquelle on positionne l’objectif modifie radicalement le rapport entre le premier plan et l’arrière-plan. C’est vrai avec toutes les focales, mais avec un grand angle l’effet est démultiplié.

Positionné à hauteur d’yeux, le grand angle donne souvent des images où le premier plan occupe une place anecdotique en bas du cadre. L’arrière-plan, réduit par l’exagération des distances, semble lointain et petit. L’image manque de profondeur malgré la focale.

En descendant, à hauteur de genou, puis à mi-hauteur du premier plan, puis au ras du sol, plusieurs choses se produisent simultanément. Le premier plan grossit et prend de la présence. L’arrière-plan reste visible mais semble dominer depuis la distance. La profondeur perçue augmente considérablement. La scène prend une dimension immersive que la position debout ne permettait pas d’obtenir.

À l’inverse, une prise de vue légèrement en hauteur peut simplifier un premier plan trop chargé. Elle peut aussi révéler une structure au sol qu’on ne percevait pas depuis le niveau habituel. Chaque hauteur de prise de vue produit une image différente. C’est pour cette raison qu’il ne faut jamais déclencher sans avoir exploré au moins deux ou trois positions différentes.

Quelques centimètres suffisent parfois pour transformer une image correcte en image forte. C’est l’un des réflexes les plus simples à développer sur le terrain, et l’un des plus rentables en termes de résultats.

Grand angle et profondeur de champ : ce qu’il faut savoir

C’est une caractéristique fondamentale du grand angle et de l’ultra grand angle que beaucoup de photographes sous-estiment. Ces focales offrent une profondeur de champ naturellement étendue. Même à grande ouverture, une grande partie de l’image reste nette, du premier plan jusqu’à l’arrière-plan.

C’est un avantage réel en photographie de paysage. Il est plus facile d’avoir simultanément le premier plan et l’arrière-plan nets qu’avec une focale plus longue. Mais c’est aussi un piège. On peut être tenté de s’en remettre entièrement à cette profondeur de champ naturelle sans vraiment réfléchir à la mise au point. Et c’est une erreur.

Quand le premier plan est très proche de l’objectif, ce qui est souvent le cas avec un grand angle bien utilisé, la profondeur de champ peut ne pas suffire à tout couvrir. Même à f/16, avoir simultanément un premier plan très proche et un arrière-plan à l’infini parfaitement nets est loin d’être garanti. Ne présumez jamais que la profondeur de champ fera le travail à votre place. Avant de quitter le spot, zoomez sur l’écran de l’appareil et vérifiez systématiquement la netteté sur l’ensemble de la scène.

Photographie grand angle Açores - végétation nette au premier plan et lac de cratère net à l'infini

La végétation au premier plan et le lac dans le cratère sont nets simultanément, de quelques centimètres jusqu’à l’infini. C’est le résultat d’une mise au point à la distance hyperfocale. Sans cette maîtrise, le premier plan ou l’arrière-plan aurait été flou malgré le grand angle.

Hyperfocale et focus stacking : les deux outils indispensables

C’est là qu’intervient la notion d’hyperfocale, indissociable du grand angle. Elle permet de déterminer la distance de mise au point à partir de laquelle tout sera net jusqu’à l’infini. Maîtriser l’hyperfocale, c’est s’assurer une netteté optimale sur toute la profondeur de l’image, sans approximation.

J’ai écrit un article dédié pour comprendre comment l’utiliser concrètement sur le terrain : je vous invite à le lire pour ne plus jamais rater une mise au point au grand angle : comprendre l’hyperfocale en photographie.

Dans les situations où même l’hyperfocale ne suffit pas, notamment quand le premier plan est extrêmement proche de l’objectif, il existe une technique complémentaire très utilisée en photographie de paysage au grand angle : le focus stacking. Elle consiste à assembler plusieurs images prises avec des points de mise au point différents pour obtenir une netteté parfaite sur toute la profondeur de la scène.

J’ai écrit un article complet sur le sujet, que je vous encourage à consulter pour maîtriser cette technique : le focus stacking en photographie de paysage.

Quelques conseils pratiques pour photographier au grand angle et à l’ultra grand angle

Évitez le cadrage 50/50 Un cadrage 50/50 ciel/sol donne l’impression que vous ne saviez pas quoi montrer. Avec une focale standard c’est déjà problématique, mais au grand angle et à l’ultra grand angle ça se voit encore plus. Faites un choix : donnez la priorité au ciel ou au premier plan. Cela dit, il existe des situations où l’horizon au centre devient inévitable. Si vous photographiez un élément vertical haut, une falaise, un arbre, une éolienne, avec un premier plan proche, trop plonger fera sortir cet élément du haut du cadre ou le collera au bord. Dans ce cas l’horizon au centre n’est plus une erreur, c’est une contrainte de composition que vous assumez.

Vérifiez les coins du cadre Au grand angle et à l’ultra grand angle, les coins sont les zones les plus exposées au vignettage et aux aberrations. Avant de quitter le spot, vérifiez systématiquement que les quatre coins ne contiennent pas d’éléments parasites ou de zones bouchées.

Shootez en RAW Les distorsions et le vignettage se corrigent beaucoup plus proprement en RAW qu’en JPEG. Avec ces focales, le shooting en RAW n’est pas une option, c’est une nécessité.

Méfiez-vous du filtre polarisant À des focales très courtes, le filtre polarisant crée des bandes de ciel inégalement polarisées, très visibles et difficiles à corriger.

Le grand angle et l’ultra grand angle : des focales de construction

Photographier au grand angle et à l’ultra grand angle ne s’improvise pas. Ce ne sont pas des focales passives qu’on pointe vers une scène en espérant que la largeur du champ fera le travail. Ce sont des focales qui exigent de construire l’image activement et consciemment.

Choisir un premier plan, s’en approcher, descendre, épurer, vérifier la hauteur de prise de vue. Chaque décision compte davantage qu’avec une focale longue. Ces objectifs amplifient tout : les bonnes décisions comme les mauvaises. C’est précisément pour cette raison qu’ils sont si exigeants. Et c’est aussi pour cette raison qu’ils sont si puissants.

Les photographes qui maîtrisent ces focales produisent des images à la profondeur et à l’impact difficiles à obtenir autrement. Cette sensation d’être dans la scène, d’être immergé dans le paysage plutôt que de l’observer à distance, c’est l’apanage du grand angle bien utilisé.

Une maîtrise qui s’acquiert sur le terrain

Cette maîtrise s’acquiert. Elle demande de comprendre les mécanismes de la focale, d’accepter de bouger, de s’accroupir, d’essayer, de rater parfois. Progressivement, les réflexes se mettent en place. Le regard commence à anticiper ce que la focale va faire de la scène avant même que l’appareil ne soit levé.

Et il y a un effet secondaire dont personne ne vous parle : une fois ces focales maîtrisées, vous n’aurez qu’une envie, voir encore plus large. J’ai commencé avec un 18 mm en APS-C, soit l’équivalent d’un 27 mm en plein format. Puis je suis passé au Tokina 11-16 mm en APS-C. Aujourd’hui je travaille avec un 15 mm plein format. Et je ne rêve que d’une chose : un 12-24 mm, voire un 10,5 mm. C’est ça aussi, le grand angle.

Cet article vous a aidé ? Vous avez des questions sur le grand angle ? Laissez un commentaire ci-dessous.

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2 Commentaires

  1. Excellents analyse et conseils. Après une croisière bateau en Norvège, le choc lors de la visualisation de mes photos: premier plan immense et vide (la mer) arrière plan réduit (montagnes de hauteur réduite)….Merci

    Réponse
    • Merci beaucoup pour votre retour. C’est effectivement l’un des pièges classiques du grand angle : il accentue énormément les distances. Un premier plan proche prend très vite une place considérable dans l’image, tandis que les éléments éloignés paraissent beaucoup plus petits qu’on ne les percevait sur place. Avec une grande étendue de mer devant des montagnes, l’effet peut être particulièrement marqué. C’est justement pour cela que le choix du premier plan et son intérêt dans la composition deviennent essentiels au grand angle.

      Réponse

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