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Comment réaliser un circumpolaire en photographie

Vous avez déjà certainement vu une photo d’un circumpolaire. Vous vous êtes alors sûrement demandé comment réaliser de tels clichés.

Nous allons voir ensemble les étapes qui vous permettront à coup sûr de réaliser de magnifiques circumpolaires en photographie.

Circumpolaire en Lozère

Qu’est qu’un circumpolaire ?

Ce mot vient du latin et se traduit par « autour de la polaire ». Cette technique photographique consiste à réaliser une ou plusieurs photos en pose longue afin de révéler la rotation de la voûte céleste. Ce mouvement se matérialise par des cercles résultants de la lumière des étoiles s’imprimant sur le capteur de l’appareil photo. Ces cercles auront pour centre l’étoile Polaire « Polaris ».

Polaris, ou Alpha Ursea Minoris, est l’étoile qui se situe dans le prolongement de l’axe de rotation de la Terre. C’est donc l’étoile qui marque le nord céleste. Étant donnée sa position, elle reste fixe quand on l’observe alors que toutes les autres étoiles tournent autour. Attention, en réalité ce ne sont pas les étoiles qui bougent, mais bien la terre qui tourne sur son axe.

Certains puristes diront que ce sont bien les étoiles qui bougent. C’est vrai, mais elles sont tellement loin de notre terre qu’elles restent fixes à nos yeux.

circumpolaire au Peyro Clabado, Sidobre Tarn

Préparer la prise de vue du circumpolaire

Le matériel nécessaire pour un circumpolaire

Réaliser un circumpolaire ne nécessite pas d’avoir du matériel photo hors de prix.

  • Concernant l’appareil photo, un appareil disposant d’un mode manuel suffit.
  • Pour ce qui est de l’objectif, vous n’avez pas besoin d’un objectif très lumineux. Je vous conseille d’avoir une focale la plus grande possible, afin de capter le maximum de ciel. Par exemple, un 16 mm sur plein format ou un 11 mm sur APSC. Si vous n’en possédez pas, pas de panique ! Les objectifs d’entrée de gamme « généralement 18/55 mm ou 18/105 mm », vendus avec votre boitier, feront l’affaire à 18 mm.
  • Si votre boitier ne dispose pas d’un menu intervallomètre, vous aurez besoin d’une télécommande intervallomètre. Il est possible de réaliser un circumpolaire avec une simple télécommande, ou même sans, mais c’est long, fastidieux et les risques d’échec sont grands.
  • Il vous faudra aussi une carte mémoire assez grande pour stocker au minimum 150 photos. Évitez de prendre une carte de 4 Go. Cela serait vraiment dommage de se retrouver avec une carte pleine en plein milieu de votre shooting. Je vous conseille donc de prendre une carte d’une capacité minimum de 16 Go.

 

  • Vous aurez besoin d’un trépied, le plus stable possible. En effet, cette technique nécessite que votre boitier ne bouge pas d’un millimètre lors de la prise de vue. Si vous avez un trépied léger, je vous déconseille de faire ce genre de prise de vue les jours de vent ou sur un sol peu stable. Vous risqueriez de vous retrouver avec des photos décalées ou même de voir votre boitier tomber.

 

  • Enfin, je vous conseille de prendre des vêtements chauds, surtout si vous réalisez cette technique hors saison estivale. Passer des heures dehors, la nuit, en étant statique n’est pas forcément agréable si on n’est pas correctement couvert.

 

Où et quand réaliser un circumpolaire

  • Contrairement au bulbe galactique de notre voie lactée qui n’est visible que durant quelques mois, Polaris, en raison de sa position, reste observable toute l’année. C’est ce que j’apprécie avec cette technique de prise de vue. Pour ma part, je préfère la réaliser en hiver car le ciel y est plus pur qu’en été. De plus, je réserve la saison de début avril à mi-octobre aux prises de vue du bulbe galactique.
  • Pour ce qui est du lieu de la prise de vue, pas besoin de se retrouver dans un endroit exempt de pollution lumineuse. Vous pouvez donc facilement réaliser un circumpolaire dès que vous pouvez voir à l’œil nu quelques étoiles.
  • Il n’est pas non plus nécessaire de réaliser ces prises de vue quand la lune est absente, bien au contraire. Si celle-ci est visible, elle vous permettra d’avoir un premier plan moins sombre.
  • Je vous conseille de réaliser ces prises de vue un soir où il y a peu ou pas de nuages dans le ciel. Un ciel qui viendrait à se boucher pendant votre shooting gâcherait votre prise de vue. Pour une info météo fiable, je vous conseille l’application Windy: elle est gratuite et très simple d’utilisation.
  • Comme pour toute photographie, je vous recommande de soigner votre composition et de trouver un premier plan qui mettra en valeur votre photo. N’hésitez pas à venir repérer les lieux en avance. C’est bien plus simple de chercher un premier plan et de trouver son cadre quand il fait jour.
Circumpolaire au dessus de la ville de Alcazar

Comment trouver l’étoile polaire 

Comme on l’a vu plus haut, les étoiles « tournent » autour de l’étoile Polaire. Donc, pour créer cet effet de cercles, il faut trouver l’étoile Polaire. Vous n’êtes pas obligé de la placer dans le cadre de votre photo. Mais plus elle sera proche de votre cadre et plus l’effet d’anneaux sera visible. Parmi les milliers d’étoiles qui composent le ciel nocturne, trouver Polaris n’est pas si compliqué que l’on pourrait le croire.

Voici deux techniques qui vous permettront de la trouver à coup sûr.

  1. Se servir des étoiles

L’étoile Polaire fait partie de la constellation de la Petite Ourse. Cette constellation est peu visible à l’œil nu si vous n’êtes pas dans un endroit bien sombre. Cependant sa grande sœur, la Grande Ourse est toujours bien visible. C’est d’ailleurs une des rares constellations que beaucoup de personnes savent reconnaître. Une fois la Grande Ourse « aussi appelée la grande casserole » repérée, vous allez facilement pouvoir trouver Polaris. Commencez par repérer les deux étoiles qui forment le côté de la casserole à l’opposé du manche. Ensuite, imaginez une ligne les reliant et prolongez la vers le haut d’une longueur équivalente à cinq fois la distance entre les deux étoiles. Vous allez alors tomber sur une petite étoile : c’est l’étoile Polaire.

Voici un schéma explicitant la technique :

Comment trouver l'etoile polaire

Pour réaliser cette technique, je me sers de deux de mes doigts que j’espace de la distance entre ces deux étoiles.  Je déplace ensuite mes doigts cinq fois vers le haut en suivant une ligne droite imaginaire.

2. Se servir d’une application

Si vous n’avez pas envie de vous prendre la tête, il existe de nombreuses applications pour smartphone qui permettent de repérer un astre dans le ciel nocturne grâce au GPS de votre téléphone. Pour ma part, j’utilise Star Walk 2. Elle est vraiment très pratique et très simple d’utilisation. Ce que j’aime dans cette application c’est qu’il est possible de passer son écran en mode nocturne. Cela permet de ne pas s’éblouir à chaque fois que l’on regarde son écran et empêche ainsi de devoir passer dix minutes à réhabituer ses yeux au noir. Si vous pouvez vous le permettre, je vous recommande la version payante. Elle donne accès aux planètes, aux satellites, au système solaire étendu, aux objets du ciel profond, le tout sans pub. Si vous n’avez pas besoin de tout cela, la version gratuite « lite » fera largement l’affaire.

 

Réaliser la prise de vue du circumpolaire

Réaliser la prise de vue d’un circumpolaire n’a rien de sorcier, c’est à la portée de tout photographe. Il existe deux façons de procéder.

  1. En une seule pose longue

Elle consiste à réaliser une seule pose, à bas ISO en fermant un peu le diaphragme de l’appareil afin de réaliser une pose très longue. Cela a pour but de capter la rotation des astres en créant un filé d’étoiles.

Je ne suis pas fan de cette technique car elle est vraiment trop hasardeuse. Pour réaliser cette technique, il faut être certain qu’aucune lumière parasite ne vienne à passer dans votre cadre.

Une voiture ou une lampe frontale qui passent dans le champ et c’est un apport de lumière qui viendra surexposer votre photo. Votre prise de vue a alors de grandes chances d’être loupée. Pour les avions, c’est une autre histoire. Ceux-ci ne surexposeront pas votre cliché mais vous allez vous retrouver avec des traits disgracieux sur votre photo.

Ce que j’aime le moins dans cette façon de faire, c’est que l’on ignore le temps de pose nécessaire pour une prise de vue réussie, avec un premier plan bien exposé. C’est vraiment un problème. Une pose trop courte aura pour conséquence d’avoir un premier plan sous-exposé. À l’inverse, une pose trop longue et votre photo sera surexposée. Dans les deux cas, vous aurez perdu du temps.

Un autre point négatif de cette méthode, c’est le risque d’apparition de pixels chauds. Je m’explique. Pour réaliser un joli circumpolaire, par joli j’entends un circumpolaire où les filés d’étoiles ont une longueur correcte, il faut un temps de pose minimum de 1 h à 1 h 30, suivant la visibilité des étoiles. Laisser son capteur ouvert aussi longtemps n’a aucune incidence sur celui-ci, malgré ce que l’on peut lire ou entendre si souvent. En revanche, votre boitier chauffe. Cela aura donc pour effet d’ajouter des pixels chauds (pixels de couleur rouge, violet, vert, bleu) à votre photo.

Circumpolaire au Fort la Latte, Bretagne, Finistère

Voici une prise de vue du fort La Latte en Bretagne. Sachant qu’aucune lumière ne viendrait parasiter ma photo, j’ai fait le choix de la réaliser en une seule pose de 45 min.

2. En plusieurs poses longues

Cette technique est bien plus simple à réaliser et bien moins aléatoire. Pour la mettre en œuvre, vous devez réaliser une série de poses longues prises à intervalle régulier, un peu comme un timelapse.

Vous devez certainement vous demander comment une série de photos peut donner le même rendu qu’une seule très longue prise de vue. Vous allez voir, c’est assez simple à comprendre.

Quand je réalise un circumpolaire, j’aime partir sur un minimum de 150 prises de vue de 30 secondes chacune. À chaque fois que mon boitier réalise une pose de 30 secondes, il capture un petit filé d’étoiles. En répétant cette opération, je me retrouve avec des filés qui se suivent. Pour ne pas se retrouver avec des coupures entre chaque filé, il faut enchainer les prises de vue avec un écart maximum de 3 secondes, d’où l’importance d’utiliser un intervallomètre. Une fois tous les clichés assemblés avec un logiciel, ceux-ci se cumulent. Donc, avec mon exemple de 150 prises de vue de 30 secondes, on obtient finalement un temps de pose cumulé de 4 500 s, soit 1h15min (150 x 30 s = 4500 secondes).

L’avantage de cette technique, c’est que même si une lumière vient perturber un de vos clichés, cela n’impacte pas l’ensemble de votre prise de vue. Il vous sera toujours possible de rattraper les clichés altérés en post-traitement. De plus, si un avion passe lors de votre série, une fois vos photos assemblées en post-traitement, il n’apparaîtra pas.

On me demande très souvent les exifs (exifs = réglages du boitier photo au moment de la prise de vue) à adopter pour ce genre de cliché. Il n’y a pas de réglage précis ! Ils dépendent vraiment du moment et de l’endroit de la prise de vue et aussi de l’effet que vous recherchez. Pour trouver les bons réglages, vous allez devoir effectuer des photos tests avant de lancer votre série.

Circumpolaire dans le désert de Bardenas Reales

Voici une photo du Castil de Tierra dans le désert de Bardenas Reales. Ce cliché résulte d’un assemblage de 228 poses de 20 secondes, soit une pose globale de 78 minutes.

Ce que je peux vous conseiller :

  • Prenez vos clichés en format Raw.
  • Partez sur une ouverture de F/4. Pourquoi F/4 et pas f/2,8 pour gagner en luminosité si notre objectif le permet ?! En fermant légèrement le diaphragme de votre objectif, vous gagnerez en qualité optique ce qui rendra vos filés moins baveux.
  • Pour le temps de pose, comme je l’ai dit plus haut, j’aime bien faire des poses de 30 s. On pourrait faire des poses plus longues mais en faisant cela il y a un risque de pixels chauds.
  • Pour les ISO, vous pouvez commencer sur 800 ou 1000. En fonction de l’exposition de votre premier plan, soit vous les augmenterez, soit vous les baisserez. Ne vous inquiétez pas du bruit numérique, comme pour les avions, une fois vos clichés empilés en post-traitement, il disparaitra. Encore un petit plus qui me fait préférer cette technique à la première.
    • Il peut arriver qu’en augmentant les ISO pour bien exposer votre premier plan, vous vous retrouviez avec un ciel surexposé. Certains ont alors tendance à éclairer leur premier plan avec une lampe. Je vous déconseille fortement cette pratique. En éclairant le premier plan avec une lampe, vous allez effectivement déboucher celui-ci. Mais en contrepartie vous obtiendrez un rendu peu naturel.

      Je vous incite donc à réaliser votre série de clichés en vous focalisant sur l’exposition du ciel. Pour le premier plan, réalisez ensuite une prise de vue bien plus longue à 800 ISO. De quelques minutes à plus de dix minutes, cela dépend de la luminosité ambiante. Il vaut mieux des pixels chauds facilement supprimables en post-traitement qu’un premier plan mal exposé ou irréaliste. Par la suite, en post-traitement, il vous suffira de coller ce premier plan sur votre cliché où le ciel est bien exposé.   

    Réaliser le post-traitement du circumpolaire

    Après avoir réalisé votre série de clichés, vous allez devoir passer par un logiciel d’empilement afin d’obtenir un seul et unique cliché avec votre circumpolaire complet.

    Au premier abord, un empilement de photos peut sembler compliqué à réaliser. Cela peut être le cas suivant les logiciels utilisés. Avec certains, c’est en revanche un jeu d’enfant. Je pense par exemple à Starmax ou Starstax (compatible avec Mac). Ces deux logiciels sont gratuits.

    Pour ma part, j’utilise Sequator. Comme les deux autres, il est gratuit et très simple d’utilisation. Son interface est vraiment complète. Après avoir ouvert vos clichés dans ce logiciel, la manipulation qui permet d’empiler vos photos ne prend pas plus d’une minute. De plus, suivant le nombre de photos et la vitesse de calcul de votre ordinateur, le rendu peut se faire très rapidement.

    Une fois l’empilement réalisé, il vous faudra passer par une phase de développement afin de magnifier votre photo. Pour cela il existe une pléiade de logiciels : Lightroom, Photoshop, Capture One, Gimp, etc. à vous de faire votre choix en fonction de vos habitudes.

    Conclusion

    Comme vous avez pu le voir, réaliser un circumpolaire n’est pas si compliqué. Si vous prenez bien le temps en amont de faire des photos test pour préparer les réglages idéaux, il n’y a aucune raison pour vous n’arriviez pas à réaliser cette technique.

    Au début, passer des heures dehors, la nuit, à attendre que son boitier fasse les clichés peut paraitre long. Mais vous allez voir, on y prend rapidement goût. Être là, à contempler les étoiles, en pleine nature, au calme, cela ressource. J’apprécie tout particulièrement de m’allonger dans l’herbe pour admirer la voûte céleste. Vous pouvez même vous mettre dans votre voiture, si elle ne se trouve pas trop loin, pour vous reposer, bouquiner ou même écrire. Pour ceux qui n’aiment pas être seul, c’est l’occasion de faire une sortie photo avec vos amis. Une fois vos boitiers respectifs déclenchés, vous aurez tout votre temps pour profiter du moment ensemble. Attention tout de même à ne pas mettre par mégarde des coups de lampe en direction de votre appareil.

    J’espère que grâce à cet article, je vous ai donné l’envie de passer quelques heures sous les étoiles afin de réaliser un circumpolaire.

    Time-lapse Circumpolaire réalisé dans le désert de Bardenas Reales

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    2 Commentaires

    1. Merci Stanley pour toutes ces explications très simples a comprendre et utiles pour réaliser le circum!
      Merci de partager tes connaissances, passe de bonnes fêtes et à bientôt sur le terrain!
      Geneviève

      Réponse
    2. Merci Stanley, pour les infos et attendre les beaux jours avec un ciel bien dégager dans le vercors histoire de mettre ça en oeuvre car jamais fait ce type de photo, déjà fait la Voie lactée mais pas ça.

      Réponse

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